17/02/2015 16:27 | Lien permanent | Commentaires (0)

Choupette au volant

 

Pour vendre une voiture, il fut un temps où l’on pensait qu’il suffisait de poser, sur le capot, une créature légèrement vêtue. Idéalement très incurvée de partout où l’anatomie féminine le permet, très rebondie ailleurs. Et dotée d’une furieuse crinière de cheveux longs, idéalement blonds. Par une sorte de symbiotique désir de possession, l’homme-client (c’était lui qui détenait le porte-monnaie) acquérait la carrosserie et son moteur vrombissant, alors que, quelque part au fond son cerveau, s’incrustait l’idée que la belle dame lui appartiendrait aussi un peu, une fois au volant. Qu’elle voyagerait avec lui, en quelque sorte. C’était il y a longtemps. Depuis, le cliché du duo de plastiques, féminine et métallique, est devenu soporifique, tant il s’est vu rabâcher. Et puis, les femmes se sont mises à acheter des voitures elles aussi et les conductrices ne tiennent pas plus que cela à s’encombrer d’une passagère clandestine fantasmée. Bref, voilà tournée une page d’érotisme bôf.

Et que nous promet la suite? Elle est déjà là! A fin janvier, dans un grand raout fort mondain à Berlin, Karl Lagerfeld vient de présenter le calendrier qu’il a conçu pour Opel, mettant en scène la relation torride entre la cinquième génération de voitures Corsa et une nouvelle star. Alors, qui est cette vedette d’exception, appelée à détrôner des génération de pin-up? Elle est poilue et s’appelle Choupette. Bienvenue à la chatte birmane de KL au pinacle de la désirabilité. Sur les photos du calendrier, on voit la douce et blanche se mirer dans le rétroviseur, essayer le siège pour enfants ou escalader la carrosserie de ses papattes de velours. Mignon, mignon…

D’une stricte perspective féministe, le changement iconographique est une belle nouvelle. Appât pour appât, autant faire travailler des animaux domestiques plutôt que des collégiennes à peine pubères. Quant à notre rapport à la voiture, ces nouvelles mises en scène montrent bien comment nous sommes passé du fougueux étalon à démarrage fulgurant à une sorte de maisonnette ambulante, douillette et rassurante. Reste notre définition du désir: si une touffe blanche à longue queue soyeuse parvient maintenant à faire rêver tant les femmes que les hommes, je dis qu’on est mal barrés.

Les commentaires sont fermés.