07/02/2015 14:59 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ma copine, l'araignée

 

Depuis plusieurs saisons déjà, les magazines et sites branchés le serinent en boucle: le tricot revient en force. Le vrai, le fait-main, avec des aiguilles et une pelote, une maille à l'envers, la suivante à l'endroit. Et que je te propose un reportage sur les mamies qui réalisent des pull-overs sur commande. Et que je vante l'ultime modernité des kits près à l'emploi, comme la marque Wool and the Gang. Et que je menace de voir réapparaître les patrons dans les titres féminins. C'est le genre de nouvelle que toute lectrice un brin (de mohair) blasée prend avec des pincettes. Ha ha, et puis quoi encore? Et la peinture sur porcelaine, donc! On ne va pas me faire croire au retour des ouvrages de dames…

C'était en gros mon avis sur la question jusqu'à tout récemment. Or deux événements, coup sur coup, m'ont fait voir les choses différemment. D'une part, une amie tout ce qu'il y a de plus au fait, en matière de mode, m'a offert un bonnet pour Noël. Non seulement il était entièrement réalisé de ses petites mains (un exploit en soi miraculeux), mais il était (second miracle) tout à fait portable, du moins autant qu'un bonnet peut l'être. Oups! C'est que les tricoteuses existent… Et  l'autre jour, re-belote (re-pelote?): j’ai croisé, dans un avion, une jeune Japonaise bardée de logos de grandes marques, siégant en première classe. Sur le visage, elle portait un masque antimicrobes  et entre ses doigts s'agitait une paire d'aiguilles, dont sortait un impressionnant métrage d'écharpe. Zut, c’est donc vrai.

La dernière fois que j'ai pris des aiguilles en main, je devais avoir 21 ans. J'éprouvais, au laborieux ouvrage, telle une vaillante araignée construisant la toile, une satisfaction manuelle qui me permettait de garder mon sang-froid durant les périodes d'examens. Quant aux résultats de mon autothérapie apaisante, je les distribuais à tout va. Mon bon ami d'alors a ainsi été affligé d'un gilet sans manches à losanges - un cadeau proche de la maltraitance, d'autant que mon œuvre se rétrécissait méchamment sur la bande du motif multicolore. Il l'a tout de même bravement porté - devait-il m'aimer (ou être aveugle).

Les tricoteuses d'aujourd'hui sont davantage fines mouches qu'araignées besogneuses. Elles tricotent sur d'énormes aiguilles, pour que ça aille vite, et en blanc, pour qu'on ne voie pas les mailles de travers. J'aime beaucoup cette approche désinvolte et hédoniste. On est loin des carrés réguliers de 10 cm sur 10, que nous collait, en guise de punition, la maîtresse de couture, à une époque où cette activité ne s'appelait pas encore ACT, pour «Activités Créatives sur Textile». Allez, qui c'est qui fait un bébé, pour que je lui inflige une couverture qui gratte?

 

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