10/01/2015 10:45 | Lien permanent | Commentaires (1)

Une année sang de bœuf

 

Nous ne le savons pas encore, mais la couleur que nous allons aimer cette année (ou détester, pour ceux qui cultivent l’esprit de contradiction) est un rouge-bordeau profond, riche, très langoureux. Voilà du moins le pronostic de la maison américaine Pantone, celle dont le nuancier sert de référence mondiale, depuis plus de 50 ans, en graphisme comme en peinture ou en design. L’an dernier, c’était un violet orchidée presque mystique ; en 2013, un vert émeraude qui clamait la gloire de l’écologie précieuse. Cette fois, les directeurs artistiques ont humé l’air sur les podiums de mode, scruté la rue et les T-shirts des gamins, rendu visite aux designers de meubles, feuilleté les catalogues de voyage et ils résument les mois à venir en cette teinte un peu éteinte, dont le petit nom est Marsala 18-1438 – pour ceux qui voudraient d’emblée repeindre leur salon aux couleurs du temps.

Personnellement, ce rouge capiteux me plaît bien. Mieux que, par exemple, un vert lime, qui est joli aussi, tonique, mais un peu trop connoté vie saine et régime, en ces moments post-festifs où les nantis de la planète se sentent mortifiés par les chiffres numériques qui apparaissent sur leur balance. Je me demande toutefois si les gens de Pantone ne font pas preuve d’un brin de militantisme en plébiscitant ainsi une couleur qui incarne tout ce que nous sommes censés fuir. A regarder autour de soi, l’année aurait sans doute dû être peinte en bleu glacier comme la transparence que l’on prône tant. Ou en beige sable bien neutre, comme cette envie si répandue de ne laisser personne sortir du lot. Ou encore en blanc à peine crémeux, pour tous ceux qui aspirent à la sainte perfection. Du coup, le choix du rouge relève presque de la révolte sociale: le Marsala – un nom de vin – est une couleur d’abondance, voire d’excès. C’est la nuance épaisse du sang de bœuf, de la viande rassie comme il en pend dans les chambres froides des steakhouses américains, des smoothies presque vénéneux à base de betterave et de cassis, des feuillages d’érables canadiens juste avant l’hiver. Une couleur  terrienne et rassasiante. Bourgeoise et presque écœurante. D’ailleurs Blake Lively, alors à peine enceinte, portait le marsala en robe échancrée au Festival de Cannes, tandis que Rihanna s’en enduit les lèvres et que Katy Perry s’en teint les cheveux - c’est dire…

Allez, j’ose: je vous souhaite – je nous souhaite – une année rouge, décadente et jubilatoire.

 

Commentaires

Sacrée faute de goût pour une journaliste.

Écrit par : Frédérique Ingignoli | 12/01/2015

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