12/12/2014 11:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

Confessionnal à roues

Lors d’un mariage auquel assistaient des amis, un pasteur expliquait qu’un couple devrait éviter de s’assoir face à face. Que ce n’est que côte à côte, regard tourné vers le même horizon, ondes aux diapason, que l’on a une chance de percevoir les problèmes  sous le même angle. Je ne sais pas si le pasteur a raison et  il me manquerait de ne pas voir les yeux embrumés de mon homme, le matin devant le café fumant. N’empêche, indépendamment des petites trivialités conjugales, je vois assez bien l’idée. J’y pensais l’autre soir en voiture, quand, dans le silence et l’obscurité d’un retour nocturne, une amie sur le siège du passager s’est mise à évoquer un épisode de sa vie que je l’imagine mal détailler un jour où nous nous aurions déjeuné ensemble. Pourtant là, dans le cocon irréel d’un habitacle surchauffé, les mots coulaient avec fluidité, comme si elle se parlait à elle-même et ne percevait de moi qu’une présence abstraite. On dit beaucoup de choses en voiture, qu’il n’est jamais le moment d’exprimer ailleurs. Les gens se parlent mieux quand ils ne se regardent pas. La marche se prête à ces discussions intimes, parfois même la télévision allumée, et la voiture est parfaite elle-aussi : une capsule insonorisée, ce qui est dit là y reste. C’est sans doute pour cela que j’ai aimé conduire les enfants à l’école, les quelques années où ils étudiaient juste à côté de mon bureau.

Autant le préciser: d’ordinaire, mon rapport à la voiture relève du pragmatisme le plus fonctionnel. Je veux une auto totalement fiable et vaccinée contre les pannes, d’une couleur lumineuse qui me mette de bonne humeur, avec une multitude d’espaces de rangement, comme on demanderait à une veste safari d’avoir des poches. Idéalement, je l’aimerais aussi autonettoyante, mais je crois comprendre que ce modèle n’est pas encore disponible. Du pratique, du joyeux, du pas compliqué.

C’est dire si je me sens toute chose de réaliser, ces temps, que ce que je prenais pour un joujou fonctionnel relevait plutôt du confessionnal aux pouvoirs magiques. Vous fermez la portière, comme on tirerait derrière soi le rideau de l’isoloir et la parole est libérée. L’effet est d’autant plus perceptible en hiver, quand, à la faveur des jours très courts, la petite auto file dans un espace indéfini, avec ce drôle de vide froid que crée le noir derrière la fenêtre.

Pour revenir sur les doctes pensées pastorales, j’en tire surtout comme conclusion qu’un jeune couple (un plus expérimenté aussi, tant qu’à faire…) ferait bien de ne pas trop s’éloigner de la voiture. On ne sait jamais – des fois qu’il y aurait des thèmes délicats à aborder. Quitte à louer l’auto, la partager, l’emprunter  (la piquer? Peut-être tout de même pas)…  Quant à moi, j’ai enfin trouvé une bonne excuse pour échapper aux transports en commun. 

 

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