29/11/2014 11:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un cocon pour hiberner

 

Il y en a un noir et blanc à carreaux, qui ressemble à une couverture velue, pour 160 francs, dans une grande surface de prêt-à-porter. Dans la boutique voisine, un gris pâle, doux comme un nuage, enveloppant comme la buée chaude d'un hammam. Ailleurs encore, un modèle rose comme un cocon de designer. Les manteaux de l'hiver sont coupés dans l'étoffe des rêves d'enfants: ils sont épais, larges, longs, géants. Oversize, disent les  professionnels de la mode. Ce volume nouveau donne un paysage urbain de silhouettes emmitouflées, une foule de grands bambins qui ne se déplacent qu'enroulés dans un doudou.

D'une pure perspective calorico-fonctionnelle, un tel vêtement est évidemment absurde. Avec les nouveaux textiles technologiques, on peut avoir très chaud avec des pelures fines, moulantes et légères – moult vestes de ski l'ont prouvé ces dernières années. Et il n'est que de considérer ces étroites parkas à capuchon très en vogue depuis quelques saisons: elles sont tellement protectrices qu'il est difficile de porter davantage qu'un t-shirt dessous. Qu'est-ce qu'ils ont alors, les couturiers, pour soudain tailler si démesuré? Et surtout: qu'est-ce que j'ai, moi, à avoir tellement envie d'un manteau rassurant comme une maison à transporter partout? Serait-ce que, malgré les quelques jours  de vent joyeux soufflé par le duo Fedrinka, les actualités débordent de leurs flots nauséabonds ? Crise en Europe, otages décapités au Proche-Orient, mendiants Rom qui grelottent sur le pavé, petites trahisons entre amis, comptabilités mesquines et fiscales...  On plisse le nez: le monde est laid.

Alors on se drape dans un manteau géant comme on enfouirait sa tête sous un duvet, le soir, pour se couvrir contre la contamination, se protéger de la désolation. C'est futile et égoïste? Sans aucun doute. En même temps, il y a une part de superstition enfantine dans cette manière de fuir dans le doux – un peu comme quand, dans Peter Pan, les petits frères psalmodient "Les fées, on y croit!" pour appeler un miracle. Peut-être que si, cet hiver, nous nous entortillons très étroitement dans nos chrysalides d'une saison, nous renaîtrons tous papillons au printemps et l'air sera léger?

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