21/11/2014 14:36 | Lien permanent | Commentaires (0)

Se brosser en luxe

 

Sans doute s’agit-il de soies de sanglier heureux, le genre de bête qui a dû être nourrie à main dans un parc forestier cinq étoiles. Sinon, pourquoi, nom d’une choucroute crêpée, la brosse à cheveux coûte-elle plus de 80 francs? Peut-être aussi que le manche est en bois de rose, fraîchement prélevé dans la forêt vierge et que le montant sur l’étiquette inclut une contribution à la reforestation… Sûrement, à un prix pareil? J’ai reposé la précieuse sur son rayon, assez déterminée à me coiffer du bout des doigts, tant qu’à faire.

Ce n’est que ces derniers jours que j’ai saisi le fin mot de l’histoire: apprenez donc, consommateurs candides, mes semblables, que la brosse est hors de prix simplement parce qu’elle est destinée à une clientèle féminine. Voilà ce que révèle l’actuelle polémique sur ce que les féministes américaines appellent la «taxe à la féminité», la «Woman Tax». Il suffisait d’y penser. En gros, il semble que les femmes cillent généralement moins que les hommes devant les prix élevés. Il se développe donc une sorte de marché parallèle, où la culotte pour dames en coton de base, dans un supermarché, coûte forcément plus cher que son équivalent masculin. Pourtant, la poche frontale kangourou devrait générer un surcoût, non? Idem pour les déodorants d’une même marque, les rasoirs jetables qui renchérissent quand ils sont roses plutôt que marine, pour les pantalons de ski coupés dans une matière technologique commune. Ouf, j’utilise des brosses à dents vertes bien unisexes et il m’arrive de piquer des chaussettes de jogging à mon mari – là au moins je ne me suis pas fait rouler.

Si cette thèse de la femme dépensière se confirme, j’éprouve comme une petite envie d’en tirer les conclusions qui s’imposent, pour la paix des ménages. Si je me retrouve génétiquement ou socialement (peu importe, après tout) programmée pour claquer, je suis prête à renoncer à bien des tentations. Chiche que le budget familial serait plus raisonnable si je n’allais plus jamais-jamais-jamais dans une grande surface alimentaire. Pensez! Je risquerais d’y craquer pour des bolets frais, des ailes de raies sauvages, des truffes blanches d’Alba, des Châteaux millésimés du Bordelais… Non, voilà qui est bien trop dangereux ! Je propose que les courses soient désormais exclusivement assurées par l’homme, à qui je remets avec plaisir toutes mes cartes de fidélité.

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