14/11/2014 17:03 | Lien permanent | Commentaires (0)

Mon doux lapin

 

J’ai tout de même fini par essayer la bête, puisqu’on en voit partout dans les magasins. Le bonnet de la saison est donc un petit tricot à côtes ou à picots, avec un pompon en fourrure. On trouve du renard ou du racoon, avec des jars de couleurs contrastées qui forment comme un halo autour du cœur duveteux. Mais il y a surtout du lapin de base, petite boule compacte et douce. Il paraît que c’est très chic, à assortir avec les tenues sport (à cause de la laine) comme avec les habits élégants (grâce à la touffe de poils). Mouais. Dans le miroir du rayon accessoires, je me suis sentie rajeunir jusqu’à mes 11 ans, quand ma maman m’imposait d’ignobles bonnets fait main – avec cet air de sapin de Noël que con(i)fère immédiatement toute structure pointue surmontée d’une décoration improbable. Je les fourrais dans ma poche dès que j’avais franchi le coin de la rue et je sens que l’actuelle variante distinguée ne va pas durer plus longtemps sur ma tête.

Mais le coup du lapin est tout de même intrigant. Je comprends bien que l’industrie de la fourrure est suffisamment à la peine pour chercher à caser ses chutes. Pourtant, aux dernières nouvelles, l’argumentaire en faveur de la douceur velue a toujours reposé sur la chaleur et la caresse contre la peau. Alors qu’au sommet du crâne, le malheureux pelage ne réchauffe que le climat (qui n’en a guère besoin) et chatouille tout au plus les courants d’air. J’ai tourné la tête à droite, à gauche, tenté les changements de perspective, ce qui a eu pour effet de dédoubler mon reflet, comme des oreilles de Mickey. Au secours!

Après de longues minutes dubitatives, j’ai fini par prendre conscience des ressorts profonds de ma réticence. La dernière fois que j’ai réellement vu des boules poilues pareilles, elles étaient collées aux fesses des modèles du magazine Playboy. L’inventeur de cette grivoiserie benête, Hugh Hefner, parlait de la «connotation sexuelle humoristique» du lapin, la mascotte de son titre. C’était il y a longtemps, ces petits jeux n’étaient pas bien graves. Pourtant, mon viscéral instinct féministe a dû en être vacciné à jamais. Cet hiver, quitte à avoir froid aux oreilles, je ne porterai pas de queue de playmate sur le sommet de ma tête.

 

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