10/11/2014 14:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

Provisions d'hiver

 

Voilà qui relève de la situation de crise: qui peut fournir une recette de crème au chocolat, pile juste comme il faut? Ferme mais onctueuse, qui tient bien en cuiller, très chocolatée avec une saveur de crème et très peu de sucre. Je sais, je sais, c'est précis. Mais comprenez-moi, je me sens un peu en manque. Moi qui, souvent, tends à snober les préparations toutes faites de l'industrie agroalimentaire, je cultive quelques entorses pécheresses aux grands principes généraux. La crème au chocolat en petit pot de verre en faisait partie. Je la cueillais en duo pack au rayon frais, pour pouvoir aller chercher, les soirs de début de semaines, quand il fait froid à l'âme et que les perspectives pointent vers un agenda encombré, un peu de baume à usage interne pour adoucir la vie. Peu d'expériences s'avèrent aussi consolantes qu'un pot de crème au chocolat. Je m'enroulais en chat dans un coin du canapé, zappais mon esprit sur "série TV" et avalais de grandes bouchées de réconfort. Vous ne savez pas à quel point je me désole de devoir conjuguer tous ces verbes au passé.

Car évidemment l'inévitable arrive toujours avec la grande distribution: mon pot favori à disparu des rayons. Il a été remplacé par un dessert aqueux et trop doux – seulement 2,4% de chocolat, pfff quelle misère! Un temps, j'ai pu aller le pourchasser dans un autre supermarché loin de mon quartier, puis il s’est évaporé là aussi. Idem dans les épiceries en ligne. J'en suis à entrer au hasard dans les succursales, pour aller inspecter le réfrigérateur de produits laitiers. J'ai même, junkie suppliant son revendeur, appelé le service consommateur du fabriquant, qui me jure que la production n'a pas été interrompue. Ai-je seulement essayé Paris ou Zurich? Là-bas il y a peut-être un marché…

À l'évidence, nous n'étions pas assez nombreux à partager la même addiction chocolatée. Alors il me reste deux solutions: vous convaincre, possibles complices lecteurs, des vertus psychologiques incomparables de la seule crème antidépression du marché et vous inciter à m'aider à la réclamer. Ou me convertir à l'autoapprovisionnement. Ce qui ne va pas être tout simple, car les pâtissières dignes de ce nom, dans mon entourage, sont ma maman et mon amie Klara. Pourtant, l'affaire urge: l'été indien est derrière, la nuit s'annonce noire pour les six mois à venir et les écureuils, eux, ont déjà terminé leur stockage vital pour l'hiver. Je ne me connaissais pas un instinct hibernatoire aussi impérieux…

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