18/10/2014 10:12 | Lien permanent | Commentaires (0)

Poussins d'automne

Dans les ruelles du centre-ville, la vitrine d'un maroquinier réputé exhibe des escarpins jaune poussin. On le connaît ce colori lumineux! C'est celui des jonquilles qui se moquent des dernières neiges, celui qui fait rêver de vrai soleil à la mi-mars, quand le printemps est encore laiteux et hésitant. Sauf que là, les petites merveilles à talons pastel appartiennent à la collection de cet automne. Il semble qu'il soit attendu que nous foulions les pavés mouillés-souillés de novembre en mimi souliers de première communiante, avec sac assorti. Qui a donc dit que les talons féminins permettaient presque de voler? Dans une couleur pareille, ils aurnt intérêt à nous faire voler haut pour éviter la gadoue. Et pour le reste de la garde-robe d’automne, me direz-vous? Du rose primevère, du bleu ciel, du vert bourgeon. L’hiver sera pimpant…

Et pendant que l’on hésite devant les vitrines, les défilés et les magazines sortent déjà les inspirations pour l'été prochain. Ce que j'en retiens: du vert bouteille ou du bordeaux, des robes en fourrure (pour la plage?), des manteaux d'été (on sait déjà qu’il va pleuvoir?), des bottes à peine ajourées, des superpositions de brocards aux nuances mordorées des feuilles mortes.

Heu… Où est-ce que j'ai raté le coche? Les chauffages seraient-ils aujourd'hui tellement performants que l'on revêt un robe bustier couleur dragée en décembre? Ou a-t-on tellement perdu confiance dans les cycles des saisons, que, oh-et-puis flûte!, on ne fait même plus semblant? Ou alors serait-ce la guerre et l'Ebola trop proches qui nous font rêver de couleurs douces cet automne, pour exorciser nos peurs? Alors que le printemps prochain nous bardera de protections quand l'incantatoire aura échoué?

Les gens du métier me disent que je vais chercher trop loin. Il semblerait que les raisons de ces décalages sont autrement plus pragmatiques. Et bassement commerciales. Puisque les marchandises arrivent en en boutique de plus en plus tôt (fin août pour l'hiver, mi-février pour l'été), il s'agit de coller à l'ambiance du moment du premier achat plutôt qu’à celle de la saison qui va suivre. Sinon, Les clients achètent trop tard, pas assez, et revoilà les soldes.

Je vais vous dire: j'ai toujours cru dans les pouvoirs magiques de la mode. J’ai toujours trouvé important ce petit sursaut de plaisir et de confiance en soi, quand on s'achète une bricole pour affronter le monde vêtu de frais. Comme un porte-bonheur et une profession de foi, une manière de choisir la légèreté plutôt que la déprime. Mais là, franchement, ô dieux de la mode, il va falloir nous aider à avoir envie de continuer à jouer. Est-ce qu je pourrais avoir une belle bottine brune, normale pour l’automne, plutôt que (quel gag!) un poussin d’avril?

 

 

 

 

 

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