27/09/2014 14:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

La crème des cougars

Depuis quelques années, j’ai l’insigne honneur (et la joie non dissimulée) de faire partie du jury du Prix de beauté organisé par le magazine alémanique Annabelle. Du coup, ma boîte aux lettres déborde de colis parfumés. Mes copines s’en réjouissent comme moi, car je distribue à tout va des pots de magie à peine entamés après mes évaluations – je ne dispose hélas pas de suffisamment de surface de visage pour absorber seule l’abondante production annuelle de l’industrie cosmétique. Qui veut un souffle de beauté, un nuage de caresse, une esquisse de bonheur doux?

 

Cette saison, il m’incombe – j’attribue cela à un pur hasard du tirage au sort, tsss! – de tester les produits anti-âge. Je nage donc avec volupté dans les «essences détoxifiantes», les «libérateurs de jeunesse» et autres «crèmes cellulaires radiance». Or voilà que, dans cette litanie apaisante et incantatoire, je tombe sur un soin «Cougar skin». Allons bon: voilà une crème qui s’est échappée du zoo… Ok, Ok, j’ironise: il ne s’agit pas de pommader les museaux velus des vrais pumas, mais de donner l’illusion aux dames en voie de flétrissement qu’elles peuvent encore (enfin?) aimanter le jeune homme. Un rien de phytostéroïdes, de vederine, d’actée noire et de chromabright (non, pas de bave de crapaud!) sur nos joues, Mesdames, et voilà que les écoliers vont se précipiter pour nous les dévorer de baisers passionnés, à peine la cloche de la récré aura sonné… «Grrrr», rugit la féline en s’en remettant une couche.

 

Hum. La marque qui s’aventure dans ce nouveau concept marketing s’appelle Rodial et elle est basée à Londres. J’en déduis qu’il s’agit d’humour anglais. D’ailleurs une autre ligne de la marque s’appelle Dragon Blood, sang-de-dragon, ce qui colle assez bien aux vertus ésotériques du genre… Mais retour aux fauves: je me demande bien qui cette perspective de cougaritude est censée convaincre. Corollaire: à laquelle de mes copines vais-je bien pouvoir filer ce pot-là, sans qu’elle ne le prenne pour un message caché («Zut, elle m’a vu en trottinette avec Kevin»), ni son mari pour un avertissement…? Je sais, je vais offrir l’élixir magique à ma grand-maman: avec un peu de pot, elle ne parle pas assez d’anglais pour se poser des questions… Sérieusement: si vraiment je voulais m’offrir des vertiges avec un jeunot, vous croyez que je laisserais traîner des produits estampillés «Cougar» dans ma salle de bains?

 

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