12/09/2014 17:59 | Lien permanent | Commentaires (0)

Sous les jupettes des chevrettes

 

Maintenant qu’il fait (enfin! à peu près!) beau, il est temps, comme il se doit en Suisse, de s’en aller arpenter les sentiers d’altitude. Cap sur la rocaille! Il n’est pas rare de croiser là-haut quelques bouquetins photogéniques, qui agrémentent la sortie. Mais cette année, le nez dans les nuages, les yeux prêts pour l’éblouissement, je suis restée en arrêt devant une autre créature alpestre que je n’avais pas croisée auparavant: la chevrette en jupette. De surprise, j’en ai lâché ma feuille de trèfle au coin des lèvres. Puis j’ai dû m’y faire: il en gambadait sur tous les sentiers… Chevrette est donc mon petit nom affectueux pour toutes ces baroudeuses à longues jambes qui font un seul pas pendant que le randonneur moyen en fait trois. Elles sont belles, modernes, saines et bronzées, portent des sacs énormes et motivent parfois tout un groupe de touristes qui les suivent en haletant. Eh bien, cette année, les chevrettes portent des jupettes. Un peu comme jadis les joueuses de tennis, mais de couleur kaki. Curieuse, j’ai lorgné par en dessous, quand j’en ai vu une escalader un pic, pour découvrir comment elle gérait l’affaire si courte. Au temps pour moi: c’était évidemment une jupette à astuce, avec short intégré.

C’est là qu’un profond vide féministe me saisit. C’est quoi ce gag rétrograde? Depuis les années soixante, les sportives ont imposé leurs cuisses libres et le port du short, au nom de la performance et du confort. Et il faudrait maintenant se couvrir à nouveau la fourche d’un pan de tissu pudique? Comme si un vêtement à jambes, avec les plis en moustache qu’il lui arrive de dessiner, était soudain trop suggestif pour le montagnard. Alors on colle une jupette hypocrite par-dessus, pour qu’elle puisse se soulever en volutes oh si féminines… ça porte même un nom: le skort. Berk.

J’aurais aimé voir, dans ces nouvelles tenues (tissu techno tout de même, séchage ultrarapide et traitement anti-insectes), un hommage tendre à ces aventurières du XIXsiècle, qui escaladaient les alpes en robes longues et bottines. Mais je crains que les skorts n’aient nulle mémoire du passé. J’espère qu’ils ne sont pas promis non plus à un trop long avenir.

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