08/09/2014 15:45 | Lien permanent | Commentaires (0)

Bébé, c’est mieux

Un ami entrepreneur poste sur Facebook une photo de lui adolescent. Il porte toujours beau, aujourd'hui, avec un teint hâlé et des yeux clairs aux prunelles espiègles. Mais évidemment, sur les photos de jadis, clope au bec comme le faisaient les rebelles d'alors, on sent cette désinvolture de la jeunesse qu'aucune crème antirides ne parvient à préserver. Une autre amie, artiste avec un joyeux passé mondain, exhume des photos de sa période fastueuse, quand elle signait des autographes en robe à paillettes, le front lisse et le cheveu pas encore coloré. Et en ces temps de rentrée scolaire, on ne compte plus les images jaunies, sur les réseaux sociaux, qui mettent en scènes des écolières à couettes ou des timides gamins en culottes courtes, un sac carré en peau de vache sur le dos. Souvenirs…

Qu'avons-nous donc à nous attendrir autant sur des années qui ont filé? Tout comme le mignon éléphanteau attire les foules émues au zoo, le petit de l’humain est lui–aussi plus attendrissant que l’adulte. On fond devant le presque bébé,  le pas tout à fait terminé, devant cette pâte malléable qui promet tous les possibles. Sommes-nous devenus celui que le gamin sur la photo voulait être?

Je regarde ces anciens jeunes sur Facebook avec passablement de tendresse. Je n’ai pas effeuillé mes albums, mais j’ai moi–aussi toujours en tête cette gamine en noir et blanc que j’ai été, en collants toujours raccommodés aux genoux parce que je les trouais plus vite que ma maman ne parvenait à les remplacer. Hé! Ce n’est pas parce que je ne lui ressemble plus qu’elle s’est évaporée…   Au fond, ces portraits ne sont pas plus mensongers que les selfies d'aujourd'hui. Est-on davantage celui que l'on regarde dans le miroir de la salle de bain ou celui qui souffle, sur une photo orangée des seventie’s, les bougies d'un lointain anniversaire? Le moment présent, comme ceux d'avant, aura déjà filé le temps quel l'on ait essayé de le capturer.

Quand je regarde les gens que j'aime depuis longtemps, je vois en surimpression, comme en morphing effectif, les cheveux bouclés de leur jeunesse et leurs crânes moins luxuriants d’aujourd’hui. Je les vois en profondeur historique, en affaires de cœur superposées. Et franchement, je ne suis pas certaine que je les trouverais aussi beaux que si je ne les avais pas connus jadis. Alors allons–y... Publions, montrons, évoquons à tout va nos photos souvenirs. Peut-être que cela nous aidera à retrouver, un peu – parfois – non seulement nos joues rondes, mais aussi nos rêves d'enfants. On sort jouer au cerf-volant?

 

 

 

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