22/08/2014 12:27 | Lien permanent | Commentaires (0)

Quel téton?

S’il vous a été donné – entre deux orages, entre deux nuages – de passer quelques instants au bleu, peut-être avez-vous remarqué un détail étrange: la rigidité des soutien-gorge de bain. Et ne me dites pas que je suis la seule à parfois laisser errer mon regard dans cette direction-là! Cet été donc, au bord de l’eau, piscine, plage ou pédalo, les naïades portent toutes le même haut: deux bonnets haut perchés, bien épais, bien ronds, qui ressemblent à des moitiés de melons. Le genre de pièce vestimentaire qui vous colle des emplâtres humides sur la poitrine, des heures après la sortie des flots.

J’ai vérifié l’affaire dans les rayons de mode balnéaire et je peux témoigner que pour dénicher deux triangles de tissu fin, il faut vraiment y mettre du sien. Le haut de maillot contemporain se porte en béton armé – ou presque. La vendeuse confirme d’un plissement de nez résigné. Elle explique que ben oui, que voulez-vous, les femmes veulent éviter le risque qu’un mamelon pointe, éveillé par la fraîcheur du bain. Allons donc: et c’est grave, docteur?

 

Nous voilà donc en train de nous inventer de nouvelles zones de pudeur. Je me souviens des mamans de mes copines (la mienne n’appartenait pas à cette mouvance-là de la libération), jadis, qui avaient banni le soutien-gorge de leur quotidien. Sous leur pullover, on devinait des chairs mouvantes et vivantes, turbulentes comme deux chatons au printemps. Le téton? Il pointait vers le haut, narquois, en signe de défi face aux bien-pensants. Adolescentes, nous ne trouvions pas l’effet follement esthétique, mais disons que la bravade avait du panache. Aujourd’hui, peu de décennies plus tard, non seulement la papille a disparu, mais c’est le sein tout entier que l’on escamote. Difficile en effet de se souvenir, en regardant les bustes féminins, que chaque poitrine a son identité propre, sa forme, sa manière de bouger, ses envies de respirer. En poires, en pommes, en framboises ou en courgettes dodues, les seins se planquent derrière la même coque formatée. Dans cette armure pré-moulée, chacune pose, coule ou compresse ses attributs – c’est selon. Et au final, tout un paysage humain d’identiques collines douces et rondes, sans aspérité, sans âme et sans surprise.

 

Heureusement, il reste le bas. Les culottes de bain n’ont pas toutes été remplacées par des gaines et l’on voit le tissu se plisser, se glisser, entre des rondeurs débordantes. Les mains tiraillent, disciplinent le maillot et c’est plutôt rassurant de voir des baigneuses qui n’ont pas l’air en plastique. Laissez-moi deviner: voilà qui ne va pas durer.

 

 

 

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