14/06/2014 16:14 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’été, d’un arbre à l’autre

Ce n’est pas facile, d’embrasser un arbre. Depuis une petite décennie que l’on entend parler partout des bienfaits rassérénant de la rencontre tactile entre le corps humain et l’âme sylvestre, j’y ai regardé de près, en me promenant en forêt. La plupart des feuillus sont maigrichons: en prendre un dans les bras revient à enlacer un spaghetti. Moi, ça ne me réconforte pas de sentir mes bras tout vides. Quant aux conifères, je préfère garder mes distances: pas questions d’aller me frotter aux aiguilles. Il y a, dans ma vie, déjà deux joues masculines qui font papier de verre au petit matin, inutile d’en rajouter. Tout au plus ce saule, près de la maison, invite au contact: tordu, friable et moussu, passablement rongé par dedans, on a envie d’aller le serrer fort – davantage pour le consoler que pour aller puiser de l’énergie dans ses vieilles branches. Bref, je cherche toujours le beau chêne puissant, planté seul au milieu d’une clairière, sans une ortie à l’horizon, qui serait prêt à m’offrir son étreinte aux senteurs chyprées, la caresse virile de son écorce burinée. En attendant, j’essaie de trouver ailleurs (dans la crème au chocolat?) de quoi apaiser mes états d’âme quand le besoin d’en fait sentir.

Et voilà que je lis, l’autre jour, le compte-rendu d’une étude de zoologie de l’Université de Melbourne. Il y est aussi question de contact étroit avec des arbres, mais dans une conception plus pragmatique. On apprend ainsi que si le koala se plaît tant sur sa branche, allongé de tout son long comme un empereur romain après le repas, c’est qu’il y cherche la fraîcheur du bois par jour de canicule. Les acacias noirs, surtout, sont de véritables réfrigérateurs naturels, affichant 6,7 degrés de moins que l’air à leur racine et 5,1 degrés de moins à mi-hauteur. Le marsupial futé pompe donc cette fraîcheur de toute la longueur de son ventre (là où la fourrure est la moins dense) et s’imprègne de béatitude, les quatre pattes pendant de bonheur. Certains singes et les léopards auraient recours à la même stratégie.

J’éprouve beaucoup de tendresse pour la koala-attitude. Avec la température de la semaine dernière, je me dis qu’il y aurait des idées à piquer pour développer une nouvelle relation aux arbres, peut-être moins mystique, mais thermiquement intéressante et dotée d’un fort potentiel ludique. On arrête d’enlacer et on essaie de pendre. La seule idée de cette posture me remplit de joie, avec cette illusion de flotter, bras et jambes bringuebalants dans la tiédeur des sous-bois. Question pour les horticulteurs: serait-il possible de développer un cultivar à l’écorce très douce, avec une branche horizontale bien solide, à 1,50 m du sol? Avec un coussin de mousse intégré? Je vois un bel avenir pour cette néo-balançoire 100% écolo.

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