19/04/2014 11:29 | Lien permanent | Commentaires (1)

Un à zéro pour le poulet

Dans la tradition anglo-saxonne, la volaille est une affaire de mâles. Ils s’y cognent rituellement avec la dinde du Thanksgiving, alors, à côté, la découpe du poulet du dimanche apparaît comme un petit entraînement léger à exécuter de la main gauche. A chaque fois que je lutte, lame en main, pesant de tout mon poids sur l’articulation de la cuisse qui refuse de céder, je pense à ces pages de la littérature américaine, où le chef de famille, digne et souverain, opère d’une main experte ce carving (ils ont même un verbe spécialement dédié, les bougres!) qui assied son pouvoir. Si l’on devait juger mon influence dans la tribu à ma manière de dompter le poulet (dont le jus vient de couler de la planche sur le plan de travail, puis sur le carrelage et mes sandales en une belle cascade graisseuse – zut!) je crains ne pas même obtenir le statut d’aspirante jeune fille au pair. Je m’en fiche: j’estime que, comme le barbecue, le changement des pneus et autres activités salissantes, le dépiautage de la viande devrait effectivement relever de la sphère de compétence masculine. D’ailleurs tenez, regardez l’émission Top Chef: la petite Noémie, qui sera pourtant en finale la semaine prochaine, massacre son poulet presque aussi dégoûtamment que moi. C’est dire que l’affaire relève de la génétique…

Pourtant je me suis préparée: j’ai étudié l’anatomie de la bête et je connais l’angle précis qui tranche dans le cartilage et évite l’os. Et je me suis équipée: dans la cuisine trône un gros bloc à couteaux, une vraie collection, il y a là de quoi impressionner un régiment. Heu… du moins à l’œil. Car au doigt, on sent bien que certaines lames auraient de la peine à trancher une motte de beurre. C’est tout le problème des bons couteaux: ils sont extraordinaires… durant une semaine. Je m’en souviens, c’était il y a cinq ans: durant au moins trois poulets successifs, j’ai été la reine de la découpe et du blanc prestement levé. Et accessoirement du sparadrap autour de l’index gauche, tellement ça coupait bien, même là il n’aurait pas fallu. Ensuite, retour à la case empotée, à l’impression de triturer la bête avec une cuiller à thé. J’ai essayé la lame en céramique: ça casse. Les couteaux japonais en inox extradur: parfait pour débiter en cubes le poisson cru et les légumes, mais oubliez les travaux de force. Lâchée par le matériel, je vous dis.

Alors, en ces temps d’agapes pascales où il faut en plus maîtriser la morphologie des côtes d’agneau et de la selle de cabri, j’en appelle instamment au principe de collaboration harmonieuse entre principes féminin et masculin dans la maisonnée. D’accord, OK, j’officie aux couteaux. Mais de grâce, que l’homme s’occupe de les garder tranchants. Il y a des femmes qui aimeraient recevoir des bouquets de fleurs chaque jour. Moi, je serais preneuse plutôt (encore que ce ne soit pas incompatible) d’un affûtage hebdomadaire. A ce stade, le cri de la lame contre le fusil sonnerait à mes oreilles comme un chant d’amour.

 

 

Commentaires

moi je veux bien t'offrir des fleurs tous les jours en tout cas je suis d'accord avec l'article merci de continuer à écrire c'est vraiment intéressant.

Écrit par : joe sosh | 20/04/2014

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