24/03/2014 10:59 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pattes palmées

Mesdames, baissez les yeux et regardez vos pieds: que voyez-vous? En cette fin d’hiver, grandes sont les chances que vos petons apparaissent bottés ou solidement mocassinés, semelles de crêpe et belle largeur pour ménager de la place aux chaussettes. Rien de bien exaltant? Détrompez-vous! En comparaison avec ce qui nous attend pour le printemps, la bottine de base se pose en modèle de grâce. Je rentre de Paris après la semaine des défilés de mode et je suis au regret de devoir vous annoncer que l’escarpin fin, la sandale légère ou la ballerine qui danse toute seule ont été relégués dans les archives de la mode. Sans doute pour peu de temps, comme toujours, mais en attendant que la roue tourne à nouveau vers l’élégance pédieuse, nous en avons pour six mois de godillots informes. Ce que j’ai vu, tant dans les vitrines qu’aux pieds des blogueuses avant-gardistes, relève davantage de la patte palmée que de la chaussure. C’est large, plat, épais et si vous manquez de bol, cela peut parfaitement se présenter en vert fluo avec des lanières en scratch. J’ai nommé la grande vedette de la saison qui s’amorce: la claquette – fille improbable de la Birkenstock et de la Scholl, démarche de canard garantie.

(Cette information posée, les Messieurs en pleine lecture peuvent, exceptionnellement, être dispensés de continuer: nous allons passer à des considérations 100% nana). La question qui se pose est donc cruciale: avec quoi porter des machins pareils? «Avec rien, répondront les esprits libres qui n’attachent nul crédit aux tendances. On ne va tout de même pas dézipper son porte-monnaie pour une chaussure laide, ou bien?» Evidemment, on aimerait leur donner raison. Mais on connaît la chanson: les laideurs de la mode ne durent qu’un temps, l’œil s’habitue et on finit par trouver la nouveauté presque mettable. Et je vois mal les irréductibles maltraiter leurs pieds avec des escarpins à talons, quand les grandes prêtresses du style vont arborer des orteils étalés comme des bienheureux sur leurs estrades XXL. Pour une fois que la mode s’allie au confort, je suis prête à parier que nous finirons toutes chaussées de moche.

Ce qui repose la question: avec quoi? Je plaide pour le pantalon cigarette à la cheville, pour que cela ait au moins l’air d’être fait exprès. Avec de telles masses lourdingues en bas, il va falloir alléger en haut… Et de grâce, pas de jupe, au risque de ressembler à Bécassine sur le chemin de l’église.

Messieurs: si d’aventure vous avez tout de même poursuivi la lecture jusque là, vous aurez compris que l’été s’annonce compliqué sur le plan de la séduction. De grâce, quand vous nous croiserez, avec nos tatanes aux pieds, dites que vous nous trouvez jolies, même si vous n’en pensez pas le premier mot. Nos orteils féminins vont peut-être ronronner de bonheur, mais nos âmes, elles, auront besoin de réconfort.

 

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