07/03/2014 14:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

Fauve en vadrouille

D'abord, il y a eu l'odeur: celle d'une serpillière qui aurait mérité un passage au lave-linge. Puis le son: un concert de claquements de langue, d'halètements énervés et de crocs  entrechoqués. Pas de doute, il y avait un passager sans siège dans le TGV pour Paris. Les indices audio-olfactifs plaidaient pour la présence d'un sanglier, mais c'est finalement un bichon qui a émergé de dessous la banquette des voisins. Dès Vallorbe, la touffe de poils beige a frétillé au milieu du couloir, fourrant son museau humide dans les sacs ouverts, arrosant les environs des éclats de son os mâchouillé. Au moment du plateau-repas, j'ai bien cru que le chien allait lever la patte contre le chariot de service, tant il lévitait en surexcitation devant le choix poisson ou saucisson. Il s'est finalement souvenu de justesse qu'il avait une éducation et s'est abstenu. Le wagon a soupiré de soulagement.

Les voyages sont toujours édifiants, même si l'intérêt surgit parfois de sources assez inattendues. En l'occurrence, j'ai beaucoup appris sur la vie intime des toutous, en 222 minutes de huis-clos. D'abord la bande-son, inspirée d'un 33 tours rayé, de la grande époque vynil. Extrait:

- Wouf!, essaie le chien.

- Chut!, répond l'humain au bout de la laisse.

- Gniiii

- Chut!

- Mmmmhouaf!

- Ca suffit!

- Lhap, lhap, lhap..

- Chut, j'ai dit!

Et c'est ainsi que l'on réalise que l'animal de compagnie dispose d'un répertoire vocal autrement plus subtil et varié que celui de son propriétaire.

Autre découverte: comme les enfants en-bas âge, les chiens sont régis par une même règle en déplacement, à savoir que le volume des bagages est inversement proportionnel à la taille du bébé. Le maître du petit aboyeur disposait ainsi d'un sac à provisions sans fonds, dont il sortait, à intervalles réguliers de 41 secondes, des friandises, des gamelles et des bouteilles d'eau, des nonos et autres joujoux canins pour calmer son minifauve. Cette activité fébrile m'a incidemment permis de découvrir qu'il existait des croquettes en sachets bariolés, très semblables aux paquets de Haribo. On n'arrête pas le progrès. En revanche, et contrairement aux jeunes parents, les propriétaires de chiens semblent dispensés de l'obligation de chanter "ainsi font, font, les petites marionnettes" en boucle, de la porte de la maison à la porte de destination. A moins que les vocalises de "chut, chtttt, chuuuut" n'aient été sensées remplir le même office... Je me demande si, pour cette famille-là, voyager avec un éléphant n'aurait pas été plus confortable.

De deux choses l'une: soit les manuels de dressage de chiens négligent lamentablement le chapitre "voyage en transports publics", soit ce bichon-là n'avait aucune, mais vraiment aucune, envie de visiter Paris.

 

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