04/10/2013 17:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les vaches suisses meuglent en français

Ce n’est évidemment pas la première fois que je me rends à Zurich, ni même la première fois que je m’y adonne aux joies du shopping. Mais disons que d’ordinaire ma carte de crédit frétille dans les boutiques de chaussures ou les parfumeries de la vieille ville. Les circonstances de la vie étant capricieuses (mais joyeuses!), je me suis pourtant retrouvée, en début de semaine, à devoir y faire emplette de denrées beaucoup plus triviales: les provisions alimentaires pour la semaine. Mission peu jubilatoire. La perspective de rayons interminables me gave déjà dans les centres commerciaux que je connais, là où je cueille mes pâtes favorites au pas de course, les yeux fermés. C’est dire si j’ai vécu une montée de palpitations, chariot en mains, devant l’un des plus monstrueux supermarchés de la plus grande ville de Suisse. Zut, je vais me faire avaler par ce géant inconnu et passer mon après-midi à chercher le produit vaisselle alors qu’il fait soleil dehors! Oh, bonnes fées des temples de la consommation, venez à mon secours!

Je n’ai finalement pas eu besoin de fée. Ni de plan. Et je me suis sentie toute bête de m’être alarmée plutôt que de me féliciter des bienfaits rassembleurs des entreprises confédérales. S’il est un domaine, en effet, où Romands et Alémaniques se retrouvent à l’unisson, c’est dans la manière dont ils remplissent leur réfrigérateur. On a beau savoir, intellectuellement, que les produits de la grande distribution sont conditionnés dans le même emballage d’un coin à l’autre de la Suisse, on sous-estime l’effet incroyablement rassurant de cette uniformité quand on change soudain d’espace linguistique. «Maisooooon» larmoie-t-on d’émotion, le doigt pointé vers son péché préféré, libellé en français «Petit Pot de crème chocolat», comme d’habitude. Du coup, on danse parmi les produits familiers comme si on était né au pied du présentoir. A y regarder de près, les Alémaniques sont bien braves d’acheter sans ciller tous les «beurre au sel de Guérande», «Etivaz à rebibes» et autres «Rochers Grand Cru Equador», sur lesquels une loupe serait bien utile à déchiffrer la description en allemand. Nous mangeons tous, dans un bel échange culturel et calorique, des «Kirschtorten», des «Paun cun Paira engiadinas» et des «Amaretti originali». Bizarrement, le rayon des produits laitiers, avec ses beurres, ses flans, ses chocolats clairs, semble être un vrai îlot de francophonie. Est-ce que l’Holstein gruérienne, avec sa couronne de fleurs bariolée, fait office de Miss Suisse bovine?

Bon, une fois que le client accède à la sortie, la parenthèse multikulti suisse se referme: «Nämed Sie Märkli?» demande le caissier. Non, Danke, pas de points. Mais bienvenue en Schwyzertütschlie!

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