20/09/2013 15:24 | Lien permanent | Commentaires (1)

Je lève ma gourde

Alors qu'avez-vous prévu, comme activité physique aujourd’hui, mmmh? Jogging, base jumping, rafting? Un autre truc en -ing? Ne prétendez surtout pas que vous imaginiez passer ce premier dimanche d'automne à lézarder entre le canapé avec vue sur télé et les fauteuils avec accès wi-fi. On ne vous croira pas. Dans le monde contemporain, on s'agite, Madame, Monsieur! On accumule les kilomètres, les maillots moulants roses ou verts et les records persos, quitte à bluffer un peu en publiant le tout sur Facebook. Jamais, comme ces jours, je n'ai vu autant de chaussures de sport marteler le macadam. Autour de chez moi, ça court aussi beaucoup de nuit, avec ces vestes réfléchissantes qui clament à la ronde qu'il n'y a pas d'heure, pour les braves. Cette frénésie doit relever des bonnes résolutions de la rentrée. L’une de mes collègue va jusqu’à faire des randonnées en... natation, crawlant 5 heures par jour en mer, entre Grèce et Turquie. C'est dire si la barre au bureau est placée haut…

J'ironise sur les extravagances cardio des urbains survoltés, mais je ferais évidemment mieux de me taire: moi aussi, j'ai l'air d'une épagneule détrempée quand je halète sur une piste Vita. Et je suis, moi aussi, prête à bien des bêtises pour défier le temps qui passe. Le minitriathlon l'an prochain? Chiche!

Lequel minitriathlon me cause déjà quelques soucis, car ma barrière psychologique, en ce moment, est au vélo de route. Tout mon entourage s'y met, il n'y a que moi à rester bloquée sur les freins. Comment peut-on avoir envie d'avaler du bitume au milieu des bagnoles, le nez planté dans les pots d'échappement et les fesses tendues vers le ciel? Tout ça en tenue criarde, en culottes renforcées comme des langes de bébé, un casque ridicule sur le brushing et des chaussures qui font "clac- clac" dès que l'on quitte les pédales?

Et puis, un ami m'a raconté. Il rentre ces jours du mont Ventoux, le pic qui fait rêver et frémir tous les cyclistes. Il m'a parlé de la foule qui se salue et s'encourage, solidaire, avant que chacun ne s'enferme dans sa bulle pour affronter ces 1639 mètres de dénivelé de folie. Le brouillard glacé près du sommet, bienvenu, car il empêche de voir le col, encore si loin en haut. Mais ce qui m'a surtout fascinée, c'est la photo de la pierre commémorative à l'endroit où le cycliste Tom Simpson est décédé en plein Tour de France 1967: on y voit des dizaines de gourdes, déposées comme ailleurs le seraient des gerbes de fleurs. Un autel païen aux Dieux de la sueur, un hommage à l'effort, une manière de remercier le ciel d'être encore en vie là où d'autres sont tombés. J’ai bien envie d'aller voir de mes yeux ce lieu de culte tellement contemporain... Peut-être va-t-il vraiment falloir se mettre au vélo et commencer à s'entraîner.

 

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article qui est encore une fois, écrit de façon très soutenue et nous permet de nous évader quelques instants...

Écrit par : devis mutuelle | 01/10/2013

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