18/09/2013 15:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

Démon domestique

Depuis le temps que je fréquente les douches de fitness, je suis en mesure de confirmer : oui, les tatouages progressent de manière spectaculaire. Sur les anatomies féminines du moins ; pour les hommes, je suis moins bien informée, les vestiaires n’étant pas mixtes. Il y a quelques années donc, on apercevait par-ci par-là une rose sur une cheville, puis un dauphin sur la nuque. Aujourd’hui, ces petites dessins ont perdu toute timidité et prolifèrent avec  luxuriance et en couleur. Voilà des entrelacs qui s’enroulent autour des seins, des ciels étoilés qui s’illuminent sur l’entier de la chute de reins. A l’évidence, les codes du mauvais garçon ont muté quand ils se sont mis à badiner avec  l’esthétique fleur bleue.

Dans ce contexte de joyeuse exubérance artistico-corporelle, une étude anglaise vient de sortir qui montre – allons-donc ! – que les entreprises rechignent à engager des tatoués. Parmi les citations les plus relevées des responsables du personnel, on notera qu’ils estiment que «les tatouages font sale» et  les adjectifs utilisés vont de «répugnant » à «dégoûtant». Tout ça dans un pays où une personne sur trois soumet son épiderme aux travaux à l’aiguille. Un seul des managers interrogés a trouvé du positif à l’art anatomique : il s’agissait d’un directeur de prison. Lequel a estimé que les tatouages, chez un gardien, aidaient à établir un contact avec les détenus… Décidément, ces gens des ressources humaines voient les choses d’étrange manière... Mesdames, messieurs, il est temps d’enfiler un col roulé et de descendre vos manches.

Je ne prétendrais pas que les tatouages sont toujours beaux. Je préfère d’ailleurs porter ma peau intacte (hormis les méfaits des ans et les cicatrices de mes expérimentations en cuisine) et j’ai tôt prévenu mes enfants que tant que leur épiderme relevait de ma responsabilité, soit jusqu’à 18 ans révolus, ils étaient priés d’éviter de le percer ou de le gribouiller. Mais plus que de la laideur, j’ai peur de la candeur. Une fois que l’on s’est bien laissé dessiner un dragon furieux sur le biceps gauche, il n’y a pas de touche «delete» pour l’effacer. Alors il faut assumer sa vie intime inscrite en sang et chair, comme un livre ouvert à tous, avec ses démons privés, domestiqués ou encore sauvages, ses anges gardiens, ses paradis rêvés…  C’est peut-être cela  que les recruteurs de l’étude n’ont pas osé avouer : ils ne veulent pas d’un employé qui affiche son CV émotionnel avec autant d’ingénuité. Ça le rendrait bien trop facile à démasquer. Peut-on vraiment  vendre des contrats d’assurance avec un cupidon gravé au poignet ?

 

Les commentaires sont fermés.