06/09/2013 10:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pattes noires

Pattes noires

On dirait de petites araignées toutes en pattes, de ces bestioles qui se réfugient ces jours dans l’appartement, à l’abri de la bise et de la rosée. Sauf que l’araignée dans sa version humaine n’entre pas, elle sort, elle et ses longues jambes fines et noires qui sautillent sur le trottoir. Depuis quand les fillettes ont-elles donc des jambes noires, alors qu’elles devraient, en cette fin d’été, décliner des nuances allant du caramel au chocolat? Le legging n’est certainement pas une invention de l’année, mais, en cette rentrée scolaire, on ne voit que lui. Et on réalise soudain qu’il a été là de juin à août, bien avant que les matins ne se mettent à frissonner. J’ai repéré des robettes à fleurettes sur legging noir, des jupons qui dansent sur legging noir, des shorts minuscules en jeans sur legging noir et même des bermudas à carreaux sur legging noir. Au secours, les araignées circulent en bandes!

Sans trouver le legging seyant sur qui que ce soit, je suis prête à comprendre que les dames prudentes aient parfois envie de gommer un genou imparfait sous un tissu opaque. D’autant que les dieux de la mode nous ont souvent poussées aux superpositions, avec tous ces jeux de jupes sur pantalons, ou bustiers sur chemise, qui rendent les folies les plus dévêtues vendables jusqu’au Moyen-Orient, pourvu qu’elles soient portées en couches superposées. Dans cette mouvance de la chair cachée, le legging s’est imposé comme une sorte de tableau noir sur lequel chacune dessine son corps idéal. Une minijupe de vamp en cuir lacéré? Peut-être, mais je reste protégée, gainée, jusqu’à la cheville…

Admettons donc l’opération camouflage. Mais quid des petites filles? Qu’auraient-elles à planquer sous le tissu compressant? Ressentent-elles déjà, confusément, la culpabilité de la peau nue? J’ai eu la chance de grandir dans un temps où les gamines portaient des kilts plissés à mi-cuisses, avec des chaussettes à trou-trous. Les mamans les plus angoissées nous collaient des culottes en laine aux premières chutes de Celsius, pour qu’on ne se gèle pas les joues arrière sur le métal des bancs, aux arrêts de bus. La laine grattait un peu, mais nous aimions sentir la brise agiter le duvet des jambes, l’herbe nous mordiller les cuisses. Parfois, la liberté ressemble à un courant d’air insolent sous la jupe. Je n’aime pas l’idée que les petites filles d’aujourd'hui s’en privent.

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