06/09/2013 10:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Neuf vies, comme le chat

Neil Young sous la pluie et les éclairs au Paléo, je l’ai déjà vu et entendu neuf fois. Au moins. Par bribes décousues, certes, mais toujours très fournies en décibels. Pourtant je n’y étais pas. Les yeux et téléphones mobiles de mes amis, les physiquement réels et les facebookement virtuels, m’ont transmis la sensation. Le jeu social du moment consiste en effet à raconter un souvenir de vacances, à s’interrompre d’un «Ah mais tiens, attends, je vais te montrer» et à extraire le téléphone de sa poche pour passer une séquence de sa vidéothèque personnelle, en guise de preuve d’authenticité.

La vidéo est la nouvelle photo, comme diraient les fashionistas.

Sauf que ça prend davantage de temps à visionner.

Sur le moment, cette folie enregistreuse prodigue des scènes assez surréalistes. Sur la Piazza Grande, la semaine dernière, nombre de festivaliers filmaient le film durant la projection, pour mieux pouvoir raconter leur festival ensuite. Du coup, ils regardaient sur leur minijoujou (hé, il faut s’assurer que l’image n’est pas tremblée!) les baisers langoureux et autres cavalcades sauvages qui passaient pourtant sur le plus bel écran géant du monde… J’ai aussi rencontré, durant un trek, une Australienne qui n’a marché que caméra au poing. Du matin au soir. Elle ne voulait pas utiliser de bâton, malgré le sentier caillouteux, car cela aurait compromis son reportage. Le soir, au dîner, elle zoomait sur la purée de maïs. Dans le jacuzzi, elle captait les bulles en plan fixe. Je me demande si la nuit, elle laissait tourner sa caméra, orientée vers le plafond… Après trois jours je n’y ai plus tenu et je lui ai demandé comment elle comptait éditer ses 4320 minutes d’images. Elle a ouvert des yeux ronds: éditer? Pour faire quoi? Son frère adore les papillons, alors elle espère en avoir capté quelques-unes pour lui montrer ceux que nous avons croisés. Son cousin est géologue, il aimera les paysages de montagne. Sa maman, elle, s’intéresse à tout, elle aura droit à l’intégrale.

Voilà (presque) de quoi regretter les soirées diapos. Si les chats ont bien droit à neuf vies, comme le veut la légende, j’espère pour eux que chacune est différente de la précédente. Nous autres, humains nostalgiques, nous allons passer notre vie unique à revivre neuf fois, cent fois, mille fois les mêmes scènes en rediffusion, les nôtres en plus de celles des voisins. Elles ont vraiment intérêt à être longues, les soirées d’hiver…

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