06/09/2013 10:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ma star, mon lapin

Dans le grand verre étroit, la mixture affiche un ton vert opaque, une ambiance de fond de marais algueux. Pourtant, la présence d’une paille atteste que oui, ce liquide-là est bel et bien destiné à la consommation humaine. Alors quoi? Allons-nous désormais boire de la rainette mixée? Presque! Moi qui, à la faveur des récentes après-midi ensoleillées, ai passé une partie de mon été en position ventrale, lunettes solaires au bout du nez, à me cultiver sur papier glacé, je suis aujourd’hui en mesure de parier que nous allons tous passer au jus vert. Contaminés sans même savoir ce qui nous arrive. Ce n’est qu’une question de mois. Toutes les stars hollywoodiennes dont j’ai lu les déclarations sont formelles: le kale est notre planche de salut. Détox garantie, riche en tout ce qui est sain, pauvre en tout ce qui nuit au corps. Gwyneth Paltrow le mange en pesto, Eva Longoria le préfère en chips, les Obama le cuisinent braisé, mais c’est la version boisson énergisante qui fait l’unanimité. Courage…

Oui, moi aussi, au début, j’ai dû chercher sur Wikipédia. Mais depuis que je l’ai repéré, je le vois partout. Ce tas de verdure frisée, non pommée,  appartient donc à la famille des Brassicacées, il pousse n’importe où et passe pour l’une des variétés les plus proches du chou sauvage. Un pedigree qui en fait un élu évident pour les nouveaux snobismes alimentaires, qui, ces jours, n’aiment rien tant que les jardinets bio à cultiver de ses petites mains propres, plantés d’antiquités végétales. Quand on se penche sur la question, il s’avère que le goût est plutôt amer (une petite framboise, dans le mixeur, pour faire passer toute cette santé, mmmh?) et qu’il convient de masser les feuilles entre ses paumes pour les attendrir si on compte, ô audacieux!, les avaler en salade (avec citron vert et piment). On comprend pourquoi la culture du kale en a été abandonnée durant les décennies où manger n’était pas encore un péché.  Bref, si la folie verte n’est pas tout à fait arrivée en Suisse, elle approche: chez Globus, à Genève, les clientes jet-setteuses viennent déjà demander du [kejl] (prononciation d’origine) et on le leur fournira sur commande, dès novembre, pour  11 fr. 90 le kilo, en provenance d’Espagne. En France, une expatriée américaine tente d’implanter le légume mousseux auprès des agriculteurs. La révolution frisée est en marche!

Une seule bonne nouvelle dans ce marigot de vitamines est qu’une star, au fond, est un petit animal tout simple. Qui vous parle de diamants et de caviar? Allons! Ses goûts sont aussi naturels que ceux d’un lapin en cage: une belle feuille verte bien rigide et elle passe la journée à s’y faire les dents.

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