21/06/2013 11:50 | Lien permanent | Commentaires (0)

Appelez-moi Médor

Vous n’en savez rien, forcément, mais là, telle que j’écris, je ne suis déjà plus là. Les doigts encore sur le clavier, mais la tête égarée dans les cartes postales. Non pas celles que j’ai reçues (comme tout le monde, je reçois surtout des textos), mais celles que j’adorerais envoyer. La plage d’Ipanema, les ruines de Tiwanaku, les églises de Lalibela… Plus prosaïquement, cet été, il y aura Vienne, Linz, Locarno. J’ai téléchargé les applications qui me permettront de voir un maximum de monuments en un minimum de temps et je peux déjà vous assurer qu’au retour, mes compagnons de voyage vont m’appeler Médor. Pourquoi? Parce que je circule dans les rues en suivant mon bras gauche tendu en avant, mon téléphone mobile dans la paume. Je sais, c’est ridicule. On dirait la version électronique d’une laisse pour chien: le touriste contemporain se fait mener (en bateau?) par sa panoplie qui fait bip. Le toutou derrière son joujou. Et la langue pendante devant les merveilles à voir.

Il fut un temps où le visiteur se reconnaissait à son air perdu sur un coin de trottoir, absorbé par son plan de ville amplement déployé et éventuellement tenu à l’envers. C’est alors que l’autochtone de bonne volonté proposait son aide et indiquait le chemin le plus court pour le Musée des beaux-arts. Les signes distinctifs ont évolué: aujourd’hui l’estivant se déplace l’œil rivé à son écran, où un point bleu et mobile lui indique sa position sur la carte électronique, tandis qu’un tracé jaune lui propose le chemin à suivre. L’objet incite presque au pas de course: comme le point bleu bouge vite, on a tendance à accélérer le pas pour tenir le rythme. La vie virtuelle est une sacrée sorcière…

L’autre semaine à Venise, tandis que j’avais pratiquement oublié de lever le nez sur le pont du Rialto (à ma gauche) alors que je me dirigeais vers le Palazzo Grassi (à droooite, insistait mon point bleu), je me suis dit que les applications devraient suggérer des signaux STOP. Genre: attention, dans l’église que vous êtes en train de longer figurent de très belles peintures du Tintoret, pensez à vous octroyer une pause dans la folle course des jours.

Maladif, ce souci d’efficacité jusque dans les vacances? Mais je me soigne! Le matin, dans une ville inconnue, je pars jogger à l’aventure, me donnant le luxe de me perdre. Hé, deux kilomètres de plus, par-ci par-là, voilà autant de calories supplémentaires dépensées. Et autant de place en plus pour le calamar à l’encre de sèche… A ce propos! J’ai des adresses d’enfer en matière de restaurants vénitiens. Voulez-vous que je vous envoie les coordonnées GPS?

 

Interruption estivale dès la semaine prochaine, mais j’ai hâte de vous retrouver à la rentrée!

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