07/06/2013 17:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

Plumes au vent

Comme ça, spontanément, je vois mal un gypaète barbu se précipiter dans les pales d’une éolienne. Je sais, je prête peut-être trop de crédit à ce beau vautour de plus d’un mètre d’envergure – influencée sans doute par sa barbichette et sa tête doctement recourbée, qui lui confèrent un air de sagesse au-dessus de la situation. Bref, il me semble que si on lui plante une éolienne devant le bec, il ira planer sur les cimes voisines. Les ornithologues, eux, se montrent nettement plus sceptiques. Leurs objections sur la sécurité de l’avifaune (on parle scientifique, chez ces gens-là) sont en train de freiner sérieusement l’implantation des éoliennes en Suisse: nous en sommes à 35 petits moulins ridicules qui amènent à peine 0,15% de la consommation d’énergie. Il va encore en passer des volatiles dans le ciel avant que l’on atteigne les quelques 600 à 1200 installations prévues. Là, il y a un couloir de migration de milans royaux, ailleurs un nid de tétras – le processus s’annonce poussif. Dans d’autres pays – comme le Danemark, l’Allemagne, la Hollande ou même la Corse – des éoliennes ont pu être posées de manière maligne, sans trop de dégâts. Ce doit être parce qu’aucune bête à plume ne survole ces régions, n’est-ce pas?

Je me demande si on ne prend pas ces histoires de protection d’espèces par le faux courant d’air. Après tout, une éolienne est une grande nigaude qui agite les bras de loin, pour être bien certaine que tout le monde la voie. Et bruyante, avec ça: tout juste si elle ne crie pas «Youhou…» pour se faire remarquer. Alors que le danger qui guette les oiseaux en Suisse est autrement plus sournois. Il se tapit dans les recoins, se lèche les babines et bondit sans prévenir. Je vous parle évidemment du plus vorace des tueurs en série: le chat. Trois à quatre millions de pauvres petits zoziaux innocents sont boulottés chaque année par la peluche favorite des ménages. On pourrait peut-être prévoir, comme jadis avec les cafés-restaurants, une sorte de clause du besoin: pas plus de… mettons 10 minifauves au kilomètre carré? Ça ferait déjà six fois moins qu’actuellement. Alors, évidemment, la raréfaction du chat grison ne changerait pas grand-chose au sort du gypaète en prise avec son éolienne. Mais au moins pourrait-on, en plaine, observer avec attendrissement la prolifération des petits guêpiers d’Europe, ces oiseaux si joyeusement bariolés dont il n’existe que vingt couples près de la Venoge. Ils pourraient , en sécurité, batifoler dans les buissons.

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