01/06/2013 09:07 | Lien permanent | Commentaires (0)

Quelle poupée de chiffon ?

Un petit exercice pour s’entraîner durant l’été: allez, les journées sont longues, on a le temps de mettre à l’épreuve nos capacités de maîtrise corporelle. Vous êtes avec moi (comme disent les moniteurs sportifs)? Alors on y va tous ensemble: on respire profondément et on se concentre sur la mèche au sommet du crâne. Vous la sentez-là ? Alors on essaie de la dresser avec souplesse. On repose. Et encore une fois! Vous n’y arrivez pas ? Moi non, plus. En même temps je ne sais pas non plus faire bouger mes oreilles, alors que le voisin y arrive très bien, ce qui signifie que rien n’est impossible… On essaie quelque chose de plus réaliste? Fermez les yeux et tournez le regard vers l’intérieur. C’est mieux, non? J’ignore si je parviens réellement à regarder à l’aveugle le fond de ma cavité oculaire, mais j’ai déjà une meilleure sensation d’emprise. C’est que je deviens une experte: de telles incitations improbables meublent mes cours de yoga et je n’ai toujours pas abandonné. Au contraire: cette vision un peu surréaliste de l’anatomie exhale une poésie qui me met en joie.

L’autre semaine, un remplaçant débordant d’idéalisme (et d’optimisme sur notre souplesse collective) a dirigé la session et il a enfilé les postures imagées comme autant de perles sur le grand collier de l’absurde. Nous avons ainsi «relaxé notre cuir chevelu», «aspiré le nombril vers la colonne vertébrale» et «rapproché le sternum des ischions ». Bravement, nous avons tous essayé. Il y a juste eu un petit flottement quand, assis par terre jambes tendues, nous avons été priés de «rentrer le creux poplité vers la rotule»: durant un instant, on voyait comme un point d’interrogation au-dessus de la tête des apprentis yogi, qui révisaient mentalement leur très ancienne leçon de morphologie. Ah oui,  le poplité, c’est l’arrière du genou !

Il n’y a évidemment jamais de miroir dans les salles de yoga. Il serait trop déprimant de mesurer l’écart entre le corps mental et le réel.  Dans ma tête, je me visualise en poupée de chiffon, pliée en deux, ventre au sol, tout bien comme le raconte le prof de sa voix de mantra. Dans la vraie vie, je suis un dromadaire lamentablement bossu qui peine à se pencher en avant. Autant ne pas le savoir.

Est-ce le résultat tout de même des efforts de mes muscles et tendons ? Ou plutôt celui de la douce litanie  qui raconte les corps désarticulés ? Toujours est-il que je ressors de ces séances avec un sourire suspendu d’une oreille à l’autre. Je crois que je parviens bien à détendre mes amygdales.

 

 

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