19/04/2013 17:58 | Lien permanent | Commentaires (0)

Au bonheur des limaces

Excellente idée! Dès le printemps prochain, la ville de Zurich va changer l’ambiance végétale de ses rues et planter des herbettes et des légumes sur ses ronds-points et talus, à la place des fleurs usuelles. Bienvenue à la carotte sur Paradeplatz! L’affaire se veut une mesure d’économie (ah bon ? les plants de raves sont meilleurs marché que ceux des bégonias ?), mais surtout  un pas vers la mouvance de l’ «urban farming», issue de ces jardins new-yorkais qui entendent rendre la ville comestible. Hé, on est en période crise: pas question de gaspiller! Va donc me chercher un brin de persil sur le trottoir, pour agrémenter le potage!

Esthétiquement parlant, je ne peux qu’applaudir l’initiative: des rangées de tomates rougissantes, ou de belles scaroles tout en rondeur et en volants, sont forcément plus émouvantes qu’un parterre de pensées, ces fleurs si tristes qu’on a toujours la tentation de vérifier si elles ne sont pas en plastique. Il faut dire que je suis un brin dubitative sur certaines décos de rue actuelles. Le jardinier municipal de mon quartier, en particulier, est un vrai sadique. Ses îlots de béton et roc ne laissent croître que des bonzaïs dépressifs et il accroche des paniers de géraniums criards à mi-hauteur des réverbères, comme autant de bulles de rage au-dessus des têtes des passants. Alors, forcément, une lignée de poireaux m’apparaît comme le summum de l’élégance verte.

Le côté «économie de guerre» de ce potager collectif, en revanche, m’apparaît hautement suspect. Moi qui renonce à ramasser de l’ail des ours, au bord de la Venoge, eu regard aux cohortes de chiens qui s’y promènent, je ne vais certainement pas prélever mes condiments aux pieds des arbres du centre-ville, là où même les noctambules contribuent à l’arrosage. Quant aux récoltes de fenouil dans la circulation, je vois déjà les citadins faire la course, sécateur au poing, en se coupant la priorité dans les giratoires. On pourrait peut-être semer des radis entre les deux voies de l’autoroute, aussi? Ce serait à peine moins pratique.

Alors, promis, je dévorerai les plates-bandes des yeux, avec bonheur, tout en continuant à aller faire la cueillette de saison sur les étals du marché. Les limaces, elles, vont sans doute écrire une lettre de remerciement à tous les conseils communaux qui suivront cette piste verte. Pensez! Un tel garde-manger pour elles seules!

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