12/04/2013 16:21 | Lien permanent | Commentaires (0)

Photographie animalière

Qui n’a pas encore vu le film Perfect Mothers? courez! Volez! Foncez! Je ne trahis aucun secret en rappelant qu’il s’agit de la version cinématographique d’une nouvelle de Doris Lessing. La grande dame exquisément effrontée  a écrit, à 83 ans, cette histoire de deux amies intimes qui finissent toute deux par s’éprendre – au sens le plus voluptueusement physique du terme – du fils  de l’autre. Voilà pour l’intrigue. Inutile de vous sentir lésé du suspens si vous l’ignoriez: l’essentiel, dans la narration, tient à la subtilité des sentiments et l’avidité des regards. L’attirance croisée, elle, est posée à peine trois minutes après la fin du générique. Voilà pour le scénario. Et je me permets de conseiller en passant à toutes celles qui disposent d’une amie proche d’aller au cinéma avec elle. Juste pour le plaisir de la conversation assez extravagante à la sortie: «Tu te vois, toi, coucher avec mon fils?» - «Quelle horreur! Il ne voudrait jamais de moi!» - «En même temps, le petit Raoul, fils de Céline, va bientôt passer son bac et il commence à prendre du muscle…»

Mais outre l’excellence du film et les questions dérangeantes qu’il soulève, il y a une autre raison de s’émerveiller devant l’écran: la beauté des femmes. On est bien d’accord, avec Naomi Watts et Robin Wright, il faudrait vraiment se donner beaucoup de peine pour faire un éloge de la laideur. Mais l’affaire est plus subtile qu’une plastique de comédienne. Les deux actrices ont dans les 45 ans, un âge somme toute plausible pour mêler son corps à celui d’un éphèbe de 19. Et on comprend parfaitement pourquoi les deux jeunes hommes, fermes et bronzés, s’abiment de désir: Anne Fontaine filme des nudités féminines profondément émouvantes, tant sur les visages que sur les chairs. Là, un fin duvet hésite sur l’arête de la mâchoire. Ailleurs, la peau du décolleté plisse un rien, comme une soie à caresser, à retenir. Ailleurs encore, un tendon du cou trace comme un chemin vers le baiser. Et que dire de la paupière à peine lourde, qui se ferme de ravissement? Ces femmes sont sublimes, prises dans la grâce fragile d’un instant de bonheur, indépendamment des années passées et de celles à venir.

Il existe beaucoup de manuels pour apprendre aux amateurs à photographier les animaux. Quand guetter la libellule dans la rosée du matin. Comment susciter la convoitise dans le regard du chat à l’aide d’une croquette au saumon. Quel zoom utiliser pour s’approcher d’un guépard sur la branche d’un acacia. J’aimerais qu’Anne Fontaine publie un guide similaire sur l’art de photographier les femmes. On pourrait toutes en offrir à nos maris, nos amants, nos soupirants, pour qu’ils nous fournissent des images troublées d’amour, dans lesquelles nous pourrions nous mirer, en paix avec le temps qui passe.

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