25/03/2013 18:31 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un steak balèze

Autant lâcher le morceau tout de suite, comme ça, je me sentirai plus légère: j'ai mangé de la baleine. Voilà, c'est dit. 

(Là, je laisse quelques lignes de silence, le temps que se lassent les hurlements indignés.)

Voici donc les circonstances: dans les petits bistrots de pêcheurs le long des fjords norvégiens (reportage à lire bientôt dans le spécial voyage de encore!), le contenu des assiettes s'avère parfois intriguant: langue de morue, poisson séché, soupe épaisse à la triple crème acidulée, filets de hareng sucrés, œufs de cabillaud en tube - vive l'exotisme des saveurs nordiques. —N'écoutant que mes papilles intrépides, j'ai tout goûté. Tout? Presque! Dans un premier temps, j'ai scrupuleusement évité la baleine - souvent servie en tartare -  car le fonds d'écran de mon cerveau a gardé la trace des images de Greenpeace bloquant les bateaux de pêche, de queues géantes s'enfonçant dans les profondeurs arctiques, de mignons baleineaux sur la banquise - oups non, pardon, ça c'est les bébés phoques. Bref: cheval, chien, baleines, même combat: jolies bestioles que l'on ne mange pas. Même en lasagnes.

C'est alors qu'une cuisinière aux hanches rondes et au sourire lumineux est venue ébranler mes résolutions sentimentales en annonçant que ce soir, fête!, ce serait steak de rorqual. Ses enfants adorent, ça tombe bien! Que fait la visiteuse dans ce cas là? Option 1.- Elle émet des stridences (??) d'écolo en transe, mais ça fait peur aux mouettes; option 2.- Elle simule une allergie à la patate à l'aneth et file se coucher; option 3.- Elle saute sur l'occasion de "ne vraiment pas avoir le choix" et sort son carnet de notes. Hé, qui suis-je pour froisser une hôtesse attentionnée, fière des traditions ancestrales?   

Avant de passer à table, j'ai tout de même eu un dernier scrupule: que vais-je, nom d'un moratoire de pêche non respecté, bien pouvoir raconter à ma progéniture à moi au retour? Admettre que maman a boulotté le poster du WWF? J'ai frénétiquement surfé sur Internet pour me bidouiller un argumentaire, mais les connections wifi sont mauvaises dans le Grand Nord et je n'ai rien trouvé de probant. Je crains être peu convaincante en expliquant qu'il faut bien que quelqu'un utilise les 1286 bêtes que le gouvernement norvégien s'est attribué pour l'année et qu'après tout, la population des petits rorquals ne décline plus vraiment...

Bilan de l'expérience? J'ai la joie de l'annoncer en grande pompe: me voilà plus que jamais opposée à toute forme de pêche à la baleine, régulatrice de l'espèce ou pas, industrielle ou artisanale. La raison? Cette viande est simplement trop fibreuse pour justifier la mort ne serait-ce que d'une sardine. Une lointaine variante du bœuf, en plus coriace, mais mâtinée de relents de marée. Et les fanons ne sont même pas fournis en guise de cure-dents. Franchement, ça ne vaut pas le goût.   

 

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