25/03/2013 17:42 | Lien permanent | Commentaires (0)

Montée de sève

«Hé bien dis-moi, voilà l’été!» se lançaient les maraîchers, d’un stand à l’autre, le week-end dernier, alors que le premier rayon timide de la saison s’en venait caresser la betterave sur l’étal. On en est tous là: tellement envie de douceur et de lumière, qu’il nous faudrait des asperges, alors que la météo ne permet pour le moment que les bonnes vieilles racines, les mêmes depuis novembre.

Transposée dans l’univers vestimentaire, cette montée de sève est hautement dangereuse, car elle nous expose à une phase de vulnérabilité esthétique. Cherchez donc votre reflet dans une vitrine et faites le constat: si vous êtes comme tout le monde, vous voilà boutonné jusqu’au menton dans un vêtement dont le nuancier va du noir à l’anthracite, avec des jambes sombres et bottées en bas, un visage blafard en haut. Réflexe? Vous foncez dans la première boutique: les collections nouvelles doivent être arrivées! Elles le sont, oui, ô combien elles le sont…

Preneur d’un conseil mode? Résistez, malheureux! Ne mettez pas un pied dans un magasin pour le moment, le faux pas guette de partout. Les rayons sont en effet surchargés de chandails, chemisiers et autres pantalons de toile qui déclinent les couleurs du renouveau. Alors forcément, sevrés que nous sommes, on a envie de tout: rose comme la fraise, vert comme le bourgeon, jaune comme le pissenlit… L’univers sucré-dragée-bébé tend les bras. C’est là qu’il faut se méfier: il y a un piège de masse, une illusion d’optique de l’abondance. C’est beau, parce qu’il y a beaucoup, comme dans un verger en pleine floraison. Le hic, c’est que personne ne peut porter six cardigans en même temps et qu’une fois hors de la boutique, vous allez vous retrouver non pas avec une explosion printanière à vous mettre sur le dos, mais avec un chiffon tout orphelin, dans un de ces jaunes improbables qui ne va à personne. C’est l’effet poussins: dans les fermes et les musées d’histoire naturelle, ils vont bientôt naître par ribambelles, dans un joyeux tohu-bohu de jaune. Totalement irrésistible. Mais isolez en un et vous aurez un petit truc malingre et pâlot qui ne ressemble à rien. Le poussin tout seul, tout déplumé, comme une déco de Pâques ratée, c’est chacun de nous avec son nouveau pullover de mi mars.

Comme les asperges, les vêtements du printemps se portent mieux quand ils se font désirer. Ne pas se précipiter sur la première évidence, mais savoir attendre que la pulsion gloutonne se transforme en un désir plus subtil, plus exigeant. Passés les délires mièvres d’inspiration œuf & ruban, nous aurons envie de bleus glaciers, de kakis pâles, de verts émeraude. Les Dieux de la mode vont soupirer de soulagement

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