21/12/2012 10:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un dragon sur mon sapin

Le hasard m’a fait voyager plusieurs fois en Asie en décembre, ces temps, et j’en reviens avec les yeux qui clignotent. Noël, là-bas, c’est ambiance «la crèche s’en va au cirque». A Siem Reap, au Cambodge, les néons des bars dessinaient des traîneaux roses. A Saigon, j’ai vu, dans le hall de l’hôtel Rex, un sapin de 15 mètres, avec des boules pailletées grosses comme des ballons de basketball. Au marché coin, entre mangues et ramboutans, les vendeuses en chapeau pointu proposaient des kilomètres de guirlandes métallisées: et vertes et violettes et orange - en veux-tu en voilà. Et «Jingle bells» alors? Il n’y a qu’à demander: un Père Noël s’époumonait sous le soleil de plomb – heureusement qu’il était mécanique, sinon il n’aurait pas supporté longtemps son bonnet bordé de fourrure. Ne manque que le vin chaud… A Calcutta, l’année dernière, j’étais aussi tombée en arrêt devant de petits Jésus en plastique phosphorescent et des rubans fluo larges comme le Gange. A l’autre bout du monde, en matière de lumière de Noël, on n’aime pas tant la flamme vacillante d’une bougie – plutôt un gyrophare à plein volume. Cela dit, j’ai tout de même failli rapporter des flocons de neige que mon amie Valérie, styliste installée là-bas, fait sculpter dans de la nacre par des artisans locaux. Comme des pétales de délicatesse dans la stridence du Noël exotique. Las, elle avait épuisé ses stocks…

On peut évidemment trouver cette débauche de couleurs et de bruits très kitsch. Mais étrangement la vitalité et la bonne humeur de cet exercice de style annuel me mettent en joie. Voilà donc une fête chrétienne somme toute assez étrangère à l’esprit bouddhiste. Et alors? On prend les ingrédients du rituel et on les mixe au goût local. L’important, c’est de participer, habitants du lieu, touristes et expatriés unis dans une même farandole dorée. Finalement, si une fête religieuse propose des symboles assez forts pour faire envie autour du monde, c’est peut-être une manière assez joyeuse de décliner le fameux «paix sur la terre».

Alors, décorons ensemble. Des Nordman ici, des bonzaï là-bas, des sapins en toc partout… Moi j’accroche à mes branches de petits dragons en soie rouge, achetés jadis en Chine, en signe de pont entre les mondes. Et comme ça, je peux garder l’esprit festif jusqu’au 10 février, début mondial de l’année du serpent d’eau. Si l’Asie célèbre nos rites, on peut bien leur rendre la politesse, non?

Très doux Noël mondial à vous!

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