14/12/2012 10:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Objectif: limace

Si vous voyez parader un yorkshire sur le trottoir, vous ne vous demandez pas d’emblée s’il s’agit d’une demoiselle velue ou d’un jouvenceau à poils. La question du genre n’est pas pertinente et, le serait-elle, que la réponse n’est pas évidente au premier coup d’œil, surtout si la petite chienne ne porte pas de ruban rose pour tenir sa frange. Fille ou garçon, on s’en fiche. Il en est ainsi d’une multitude d’espèces animales, qui vont du papillon à la chauve-souris en passant par la carpe, le cobra ou le raton laveur. Est-ce une affaire de taille? L’humain a longtemps appartenu aux autres catégories - la lionne et son lion, l’ours brun et sa mama grizzli – celles où la femelle et le mâle se distinguent avec ostentation, sinon toujours avec bonheur.

Cette ère semble résolument tirer à sa fin. Pour peu que l’on puisse tenir le monde merveilleux de la mode pour le miroir (aux alouettes) où se reflète l’avenir, nous entrons dans un grand moment de confusion des genres. Ces temps, le nouveau créateur de Saint Laurent, Hedi Slimane, diffuse des images de sa collection hommes, avec, comme modèle, un grand flandrin en noir, à l’élégance nonchalante. Or ce bad boy est une femme, la top modèle hollandaise Saskia de Brauw, 31 ans, qui, sans maquillage et l’œil fuyant, passe tout à fait, tout à faux, pour un type délicat, aux poignets légers. Elle n’est pas la seule à jouer les mecs: Casey Legler, new-yorkaise qui a jadis nagé pour la France aux Jeux Olympiques d’Atlanta, a carrément été engagée dans le département hommes de l’agence de mannequins Ford et on la verra défiler en costard en janvier prochain. Tatouée, clope au bec, dégaine étrange de camionneur fluet. A l’inverse, le Serbe Andrej Pejic, longue chevelure platine et œil de biche, ne marche que pour les collections femmes, depuis quelques saisons déjà.

Que la mode et l’art jouent sur le trouble sensuel de l’androgynie, c’est une chose. La mauvaise nouvelle est ailleurs: avec cette première collection fémisculine, Hedi Slimane lance des vêtements sensément portables par tous. Et ça, je n’y crois pas une seconde. A ma connaissance, les seuls vrais vêtements unisexes sont les sweat-shirts et les chemises géantes – pas le genre de la maison Saint Laurent. Alors, les filles, on va se retrouver avec des fringues impossibles, où il va falloir se bander les seins et se limer les hanches pour être ooooh soooo in, ooooh soooo fines… En revanche, à l’entrejambe, on aura de la place. Et comme chez les limaces, on sera tous un peu hermaphrodites, femme ou homme quand ça me chante et pourquoi choisir? J’espère juste que les limaces trouvent leur vie exaltante – à l’abri des laitues.

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