07/12/2012 15:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

Brouter exotique

La ciboulette, vous connaissez? Vous croyez connaître, nuance! Pour moi, cela a toujours été un beau brin d’herbette, solide et pas compliquée – il faut bien ça pour que même moi je parvienne à la faire pousser dans un pot sur le rebord de la fenêtre. Bref, la ciboulette et moi entretenons une relation goûteuse et nous attablons ensemble plusieurs fois par semaine. En été, l’affaire est aisée et relève du réflexe: je tonds la touffe d’un coup de ciseau et l’herbe n’a même pas le temps de remarquer qu’elle passe de terre à trépas. Mais en ces jours grisaille, mon pot ne ressemble plus à rien, juste un entrelacs de foin sec qui se recroqueville en attendant le retour du chaud. C’est alors que le chemin des gourmands passe par le rayon d’un supermarché et comme je fais toujours tout trop vite, j’ai jeté, l’autre jour, un sachet de ciboulette dans mon panier sans y regarder de plus près. Oh, et puis non, pas le bouquet, carrément la minibarquette de condiments prédécoupés (je sais, c’est mal: le prix du hachage est simplement ridicule et la boîte prend de la place dans le sac-poubelle). Ce n’est donc que devant le saladier, le soir venu, que j’ai vraiment fait connaissance avec ma fine herbe industrielle. Je m’attendais à une plante du pays, grandie sous serre quelque part dans le Gros-de-Vaud, comme ses cousins le cresson frisé ou la coriandre et ses ombelles aromatiques. J’étais loin du compte : ma ciboulette à moi était une sacrée voyageuse, une vraie baroudeuse qui avait vu du pays.  les 20 grammes de poudre verte au creux de ma paume avaient vu le Maroc, le Kenya, l’Ethiopie et l’Israël. Woaw! Evidemment, à 2 francs 95 francs le paquet, les brins avaient peut-être même volé en business class, chacune de son pays, avant se rencontrer en Suisse. Mâchez bien, les enfants! Ce soir, nous avons droit à une spécialité exotique, un grand mélange culinaire qui allie les traditions de toute la corne africaine et au-delà. Gloire aux saveurs d’ailleurs!

Loin de moi l’envie de priver de travail les agriculteurs éthiopiens. Mais je me dis qu’ils feraient peut-être mieux d’utiliser la rare eau disponible dans leur pays pour faire pousser autre chose que de la déco pour laitue. Avec des ananas ou des bananes, on se doute bien que ces friandises ne proviennent pas du jardin du voisin. Or la ciboulette, elle vous a vraiment une tête de champ d’à-côté et je me demande s’il ne faut pas l’y laisser. Alors, fini de rire, on change de recette! Retour à la ciboulette lyophilisée qu’il faut réhydrater avant consommation: faites chauffer la soupe.

 

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