01/12/2012 15:28 | Lien permanent | Commentaires (0)

Au marché des bons sentiments

 

La bougie, je l’ai gardée. Depuis le temps qu’elle apparaît dans le courrier chaque fin novembre, envoyée par une fondation pour la petite enfance, elle a fini par devenir un accessoire attendu lors des petits déjeuners d’avant Noël. Chaque jour, elle fond d’un centimètre en répandant de la cire rouge sombre partout (il y a toujours quelqu’un pour s’amuser avec la flamme) et tant mieux si des bambins  trouvent des places en crèche grâce aux 25 francs demandés en échange. Adoptées, et la cause et la bougie de l’Avent.

Ce que j’ai viré vite fait, en revanche, –  et tant pis pour ma bonne conscience – c’est la demande d’une autre association, de lutte contre les mines antipersonnel celle-ci. Je suis toute prête à soutenir ce combat, mais, au fil des années, j’ai développé une allergie à  leur stratégie de communication. Chiche que vous l’avez reçue aussi, l’enveloppe à l’ancienne, à bordure rouge et bleue des lettres internationales d’avant internet ? L’adresse est écrite à main, avec les rondeurs de l’enfance dans les déliés, sous un vrai timbre du Cambodge. Vous vous êtes laissé berner aussi ? Moi seulement la première année: j’ai cru un instant que quelqu’un pensait à moi au loin. Un ami en voyage ? Et puis non : la lettre à l’intérieur est photocopiée et raconte la douleur de la petite Kahna, qui a perdu une jambe sur une mine, tandis un bulletin de versement incite à lui offrir une vie meilleure.  Son histoire est atroce, mais ne change rien au fait que le procédé est peu ragoûtant. Outre la duperie de la missive faussement intime, le pire est la mini béquille en cure-dents qui accompagne chaque lettre. Franchement, je la trouve indigne, limite insultante, pour la fillette mutilée.  Ainsi donc, en guise de formation à l’emploi, on fait écrire des adresses à la main à de petits Cambodgiens , coller des timbres et bricoler des béquilles… Il n’y a pas moins condescendant à imaginer, comme atelier professionnel ?

En ces temps prénoëlliques, nous avons droit, dans nos boîtes à lettres, à un panorama assez complet des diverses techniques de levées de fonds. Et ça laisse songeur…. Entre les cartes de vœux illustrées de paysages enneigés et les calendriers 2013 en carton coloriés, il faudrait d’urgence réinventer un  langage moderne de la solidarité sociale. Actuellement, on a l’impression que les envois sont conçus pour nourrir la corbeille de papier recyclé et que les associations s’adressent à des demeurés qui ne comprennent rien à souffrance sans un dessin d’enfant pour l’expliquer. L’autre jour – pour une autre cause encore – j’ai scruté toutes les pages volantes dégoulinant de bons sentiments pour trouver un numéro IBAN… Mais non, rien de tel. Trop contemporain, sans doute. Un bon vieux bulletin est davantage dans l’esprit, rose comme la mièvrerie. A vot’bon cœur, m’sieurs dames !

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