28/11/2012 15:31 | Lien permanent | Commentaires (0)

La voix des hormones

Du temps de l’école, j’étais une fille, une vraie. Avec des couettes et une jupe plissée à carreaux (je sais, je sais…). Comme il était d’usage alors dans ce type de configuration, j’étais plutôt habile en français et en langues et particulièrement pomme en mathématiques. Ce n’est pas tant que je n’y comprenais rien, mais il était hors de question de fournir le moindre effort pour une branche qui m’aurait éloigné de ma fillitude. Autant dire que la vie professionnelle, des années plus tard, m’a forcée à nager dans les budgets et les business plans et que l’apprentissage s’est fait en eau froide.

Quand donc mon aînée est parvenue à son tour en classe, j’ai bien fait attention d’appliquer tout juste les principes d’égalité des chances, tels que promus par les divers bureaux d’orientation professionnelle, qui visent à donner aux filles le goût de la chose chiffrée. J’ai penché mon front soucieux sur les exercices de géométrie, j’ai vanté les joies de l’EPFL, j’ai encouragé la pratique de l’informatique. Là, ouf, c’est bon: ma descendante a une matu scientifique en poche, je peux clamer victoire et me reposer sur mes lauriers féministes, persuadée d’avoir contribué à gommer les clichés.

Un triomphe? Tu parles! L’effet boomrang est venu d’où personne ne l’attendait: du carnet de notes scolaires du cadet. En ces temps de presque demi-bulletin, je réalise soudain que cet enfant patine en français et aligne de piètres phrases sujet-verbe-complément en guise d’explication de texte. Ce qui se passe? La voix des hormones! Comme il s’en tire honnêtement en physique – normal, c’est un garçon – il se doit de réserver à l’enseignement du français une nonchalance ostentatoire extrêmement cool et virile. La littérature? Il balaie ces miasmes sentimentaux de son avant-bras velu: l’amour, la trahison, les espoirs déçus… Des histoires de nana. Allez donc expliquer à cet être tout en muscles et algorithmes que certaines questions méritent une réponse plus nuancée que «groumpf». «Mais mamaaaaan, ça sert à quoi le français?» A rien, mon chéri, tu le sais bien! Juste à communiquer avec les autres humains, à transmettre tes idées et émotions, à comprendre les leurs. Tout ce qu’une formule d’algèbre résume un peu trop drastiquement.

Y a-t-il plus désarmant qu’une idée reçue assez stupide pour simplement s’inverser?

 

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