16/11/2012 08:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le grand méchant trou

Pour le moment, cela ne se soigne pas. Forcément! Quel remède voulez-vous trouver pour un mal qui vient à peine d’émerger des profondeurs de Facebook? Oyez, oyez (ou plutôt: regardez!) voici arriver la trypophobie, la peur des trous. Un peu partout sur l’Internet et les réseaux sociaux, des groupes se constituent pour échanger des images de trous et partager les Ahhh! et Bêêê! qu’elles leur inspirent. Le grand hit en la matière est un plan rapproché d’un pédoncule de lotus, avec chaque petite graine bien rangée dans son orifice. Il semblerait que pour 2 à 5% de la population, cette vision s’avère parfaitement dégoûtante – ce que j’ai personnellement de la peine à comprendre, moi qui me lèche les babines devant les fruits de lotus en soupe, à la cambodgienne. Si vous ne voulez pas de vos trous, je vous les mange volontiers… Bref, la même répulsion s’étend à des vues de ruches (berk, toutes ces alvéoles), d’écorce d’arbres rongés par des insectes et même, découvré-je abasourdie, de ces bulles qui se forment dans la pâte quand on prépare un fondant au chocolat. Du coup, je me sens comme une miraculée: quel soulagement de pouvoir marcher en forêt et cuisiner ce que je veux, y compris un gigot d’agneau que je perce à tout va pour y glisser des éclats d’ail.

 

Même si la maladie ne figure encore dans aucun ouvrage scientifique, les chercheurs travaillent d’arrache pied, maintenant que les cas se multiplient par les voies miraculeuses de l’informatique. Une vraie contagion qui s’échappe de l’écran pour vous sauter dessus. Les premières pistes de réflexion postulent que cette allergie relève de l’évolution et serait une héritière de notre instinct de conservation - ce qui fait de moi, non pas une miraculée, mais une inconsciente. En effet, bien des bestioles dangereuses reproduisent sur leur peau des motifs que l’on pourrait, de loin, prendre pour des trous en trompe-l’œil. Voir la vénéneuse pieuvre à anneaux bleus, le python réticulé ou la grenouille de dard. A regarder l’affaire sous cet angle, peut-être que le gâteau au chocolat mérite lui aussi d’être approché avec circonspection…

 

Puisque tout le monde s’y met, j’aimerais moi aussi proposer mon adjonction personnelle aux catalogues des phobies percées: s’il y a des trous parfaitement répugnants, ce sont bien ceux  des chaussettes usées. Ne me lancez pas sur cette piste, je pourrais être intarissable sur les effets froncements de sourcils/chair de poule/grincements de molaires à la vue d’un gros orteil qui émerge quand on n’a plus de rechange en stock. Et les bas qui filent, alors? Totalement révoltants aussi. Quand aux perforations laissées sur les pulls pas des mites affamées, de celles que l’on ne remarque qu’une fois au bureau, je les déteste avec beaucoup d’énergie aussi.

 

Oh et puis, non! Cette cause est bien trop fatigante. A bien y réfléchir, les trous et moi allons continuer à vivre en belle harmonie.

 

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