19/10/2012 16:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

À nos perles, les paonnes!

Mesdemoiselles, Mesdames, il va falloir commencer à se méfier sérieusement. Jusqu’à peu, le pillage vestimentaire entre les sexes allait à sens unique: c’est nous qui fauchions, dans la garde-robe du mâle aimé, le cachemire XXL qui faisait merveilleusement cocon ou la cravate qui donnait un air de gavroche à la chemise blanche (tiens, elle aussi avait été la sienne, jadis). Mais le mouvement commence à s’inverser outrageusement. Depuis quelques saisons, on voit toujours davantage de sweaters roses sur thorax velu, de sacs de dame au bout de bras noueux, d’échancrures de T-shirt en V comme s’il y avait quelque chose à Voir. Juste retour de politesse? Sans doute, sans doute… Mais j’ai dans l’idée qu’à force de laisser les froufrous marrants changer de sexe, on va toutes se retrouver en complet gris muraille, avant même d’avoir remarqué que notre top à paillettes avait changé d’armoire. Retour à la bonne vieille loi de la basse-cour, où le paon fait le beau avec sa queue multicolore, pendant que la paonne toute pâlichonne avec ses plumetis de rien est déjà bien contente qu’on ne lui marche pas dessus.

Si j’ai soudain quelques craintes quant au basculement des pôles d’attraction, c’est que j’ai assisté, mi-octobre, au défilé de mode annuel de la HEAD de Genève, la fameuse Haute Ecole d’art où bouillonnent les talents en devenir. Premier constat: la majorité des collections présentées étaient masculines. Deuxième constat: les modèles pour hommes étaient plus astucieux et créatifs que ceux pour femmes. Troisième constat: la lauréate du Prix, Camille Kunz, a présenté des modèles de vestes turquoise, en matière un peu cloquée, comme les bonnets de bain de jadis. Un truc que ni mon mari, ni mon frère, ni mon voisin ne vont porter cet après-midi. Mais demain, allez savoir…

Le plus insolite, dans le défilé, était l’usage de la perle. Un beau rouquin portait une casquette richement emperlouzée, dont émergeaient de longs sautoirs lui battant le buste. Un barbu bien testostéroné promenait, lui, des chaussures serties des boules blanches et nacrées. Si le ras-du-cou de tante Agathe a disparu, allez donc regarder dans le tiroir de fiston: les voies de l’avenir mènent vers lui.

Alors Mesdemoiselles, Mesdames, je propose que nous nous accrochions à nos talons, à nos minaudières, à nos boas de plumes, à nos dentelles et autres volants fleuris. Quitte à en acheter, pour celles qui ne seraient pas équipées. On ne va quand même pas laisser les hommes s’amuser tous seuls?

 

 

 

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