15/10/2012 16:50 | Lien permanent | Commentaires (0)

Doudou de grands

 

 

 

On peut boire son café dans une tasse en porcelaine, avec soucoupe assortie. Et lever le petit doigt en portant le breuvage à ses lèvres, pour ceux que cela amuse, même si ce prétendu geste d’élégance fait sourire les experts en bonnes manières. On peut grignoter un biscuit sec en accompagnement. On peut beaucoup de choses élégantes. Mais, dans la folie des jours, le rituel du café est train de prendre une tournure autrement plus décontractée. Aujourd’hui, le café est devenu itinérant. J’ai craqué. Avec la chute des températures, je m’y suis mise aussi: agrippée à mon précieux gobelet en carton, je n’aborde plus une journée de travail sans mon plaisir portatif et liquide.

 

L’affaire s’est imposée progressivement. D’abord se sont multipliées, sur nos trottoirs, les enseignes de cafés à l’emporter. Puis nous nous sommes tous plantés, le soir, sur nos sofas, à mater des séries télé américaines. Or, que font les héros desdites séries? Ils boivent du café par hectolitres, qu’ils achètent dans des deli, sur le chemin du labeur. Dans ce registre, permettez-moi de vous recommander «Facing Kate», soit les démêlés avec la justice d’une avocate reconvertie en médiatrice. Dans le rôle-titre, la très belle Sarah Shahi court d’un rendez-vous à l’autre sur ses Louboutin, vêtue d’un (très beau aussi) manteau de cuir rouge. Elle tient en permanence son téléphone mobile dans une main, sa tasse de café dans l’autre et de la troisième elle hèle un taxi. L’effet est totalement addictif: au milieu du quatrième épisode, le spectateur commence à saliver et sortirait bien se payer, lui aussi, son demi d’arabica.

 

Le pire, c’est qu’au fond je n’aime pas vraiment le café – que je bois long, faible et plein de lait. Mais j’adore l’idée du café. Nuance! Je savoure la sensation chaude entre mes mains, je sniffe le parfum corsé en y puisant la force de la journée, je tète le fluide satisfaisant à travers l’orifice du couvercle. Je m’accroche à ce confort comme à un pan de mon duvet, un souvenir de mon lit, pour adoucir la vie. Vous voulez plus régressif? Je peux! Une goutte de parfum caramel, peut-être? Ou alors la mousse épaisse d’un latte saupoudré de chocolat. Cela vous rappelle des souvenirs? Moi aussi! Il n’y a pas si longtemps, j’interdisais à mes enfants de sortir de la maison avec leur biberon, sous prétexte que dehors, c’était le monde des grands, des indépendants, de ceux qui se tiennent droit sur leurs jambes sans l’aide d’aucun objet transitionnel. Aujourd'hui, je fais au bureau ce que je leur refusais à la garderie. Parfois, même les grandes filles ont besoin de réconfort.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.