15/10/2012 16:49 | Lien permanent | Commentaires (0)

Au revoir, mes pieds

Chère sandale, ma bottine te salue. Ça y est, j’ai passé dans l’autre camp: celui des chaussés pour l’automne, lacets tirés, empeigne couvrante, cuir robuste, chaussettes et tout l’attirail de la jambe parée pour traverser les intempéries. Je me sens un peu comme une déserteuse, car pour le moment, et bien que le calendrier soit catégorique sur la saison que nous vivons, les deux races de chaussures cohabitent encore et se croisent sur le bitume humide. Comme la météo hésite entre été indien et premiers brouillards, comme les températures sont encore clémentes, les adorateurs du soleil ne parviennent pas à lâcher prise. Je regardais la parade de pieds pressés, l’autre jour, dans le hall de la gare et j’y ai vu toutes les humeurs mélangées: une tropézienne à brides rouges causait avec un mocassin à pompon, tandis qu’une ballerine légère, portée à cru, filait vers la sortie. Plus loin, une paire de bottes fourrées dépassait de petits escarpins cliquetant des talons, alors qu’une paire de Birkenstock remplie d’orteils velus faisait avancer une poussette. Oh, des moonboots argentées, déjà!

 

Au printemps, le passage entre deux saisons bascule plus vite: tout le monde est ravi de l’été et s’y engouffre en même temps, dénudant ses pieds à la première éclaircie. En automne, le retour vers la chaussure fermée est plus compliqué. Actuellement, les deux positions relèvent pratiquement du militantisme. A ma droite, les belles en sandalettes aiguilles, enjambant les flaques comme des échassières qui auraient oublié de migrer, déterminées à retenir la belle saison fut-ce par son dernier bout de rayon. A ma gauche, les prosaïques qui acceptent le temps qui file, qui se couvrent parce qu’elles savent bien qu’elles vont finir par avoir froid. Les rêveuses contre les pragmatiques. Les chimères contre la lassitude du quotidien.

 

Dans l’idéal, j’aurais aimé – évidemment – pouvoir traverser les neiges en dansant pieds nus dans mes chaussures ouvertes, la cheville à peine nouée de deux lanières à paillettes. Que la vie soit toujours légère et joyeuse… J’ai même soupesé, dans une boutique, un de ces nouveaux modèles appelé «sandales d’hiver», qui allie formes aérées et matières capiteuses, comme le daim ou le cuir laqué, et qui s’avère du dernier chic avec des collants opaques. Mais la brave fille en moi m’a rattrapée. J’ai reposé l’objet absurde mais tentant sur son étalage et j’ai enfilé mes bottes. Après tout, quel plaisir y aurait-il à libérer ses pieds au printemps, si on ne les a jamais enfermés?

 

 

 

Les commentaires sont fermés.