07/09/2012 16:26 | Lien permanent | Commentaires (1)

Demain, je deviens tipule

Depuis quelque temps, je croise souvent Jésus. Il se balade peinard sur les eaux du Léman, un pied devant l’autre au raz de l’eau sans jamais s’enfoncer. Depuis la Bible, on avait peu revu cela, mais en cette fin d’été où la température du lac frise encore les 20 degrés, le spectacle est devenu assez régulier. Evidemment, de près, les Jésus (car ils croissent et se multiplient) n’ont pas grand-chose de digne ni divin, avec leurs shorts de bain mouillés qui collent aux cuisses et leur pagaie à la main. Mais il émane un certain optimisme de cette pratique du «Stand up paddle board» -  le sport de la «planche à rame où l’on se tient debout», pour ceux qui n’aiment pas les anglicismes. Camper ses deux jambes sur la surface: voilà qui ouvre des perspectives peu usuelles dans le rapport de l’humain à l’eau.
C’est que, normalement, quand il évolue sur une surface aquatique, l’homme se tient assis. Dans une barque, une yolette, un canoe, au rappel d’un voilier, au volant d'un hors-bord, il affronte l’immensité dangereuse sur son séant, assuré de son équilibre insubmersible. Bien calé, il peut surveiller l’horizon et se sentir maître à bord, même suivre de l’œil les trajectoires imprévisibles des cygnes - on ne sait jamais où vont se fourrer ces drôles de dindes flottantes. J'en étais là à comparer les gens debout et les gens siégant, dans mes pensées à la dérive, agrippée à ma rame, quand je les ai vues. Au loin, en ombres chinoises sur le fond violet qui mélange lac et coteaux dans un même coucher de soleil, se découpaient des silhouettes mouvantes. On aurait dit un ballet de tipules - vous savez, ces drôles de moustiques géants avec des pattes partout. Elles bougeaient ensemble et en douceur, un peu maladroitement, comme des débutantes à leur premier bal. C'est touchant, une tipule qui apprend la valse.

La réalité s'est évidemment avérée plus prosaïque. Une fois l'éblouissement passé (il y a toujours un angle qui ne pardonne pas, entre le soleil plongeant et la rétine de la rameuse), la nuée de tipules, comme des cendrillons après minuit, s'est transformée en ce qu'elle était depuis le début: un cour collectif de yoga sur planche aquatique. Ouvre donc les yeux, ma fille (soupir), et concentre-toi sur ta prise dans l'eau.

N'empêche, l'image de cette grâce hésitante sur les vaguelettes m'a fait sourire encore longtemps. Il faut une belle dose de confiance dans les éléments pour s’en aller équilibrer ses postures au large. Une jambe tendue dans la brise, un bras vers le ciel, le tout balancé par la houle. Un petit poirier? Et plouf donc!

 

Voilà un état d’esprit qui me met en joie: ce n’est pas parce que c’est impossible, qu’il faut renoncer à essayer.

 

 

 

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Écrit par : visiter paris | 20/09/2012

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