03/09/2012 08:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

Ton chien sur ma photo

L’autre jour, mon fils a adopté un chien. Enfin, quand je dis un chien… Il s’agissait d’une sorte de souris montée sur pailles, un chihuahua tellement frais qu’il aurait encore eu des morceaux de coquille sur la tête, s’il avait été poussin. Visiblement perdu, il tremblotait sous une haie. Ne me demandez pas comment un riquiqui pareil est parvenu à s’échapper, lui qui, en vitesse de sprint, mettait deux minutes pour traverser la rue, mais c’est là une autre histoire. Toujours est-il que fiston a rassuré et abreuvé le fugitif, puis a retrouvé son propriétaire dans le quartier afin de restituer la mascotte. Du très banal donc, sinon que le petit poilu et ses yeux remplis de points d’interrogation étaient vraiment craquants, ce qui a suscité des vagues de Ooooh et Aaaah dans le voisinage. L’ensemble du processus a duré quoi? Deux heures? Que représentent deux heures dans la vie d’un écolier en vacances? Et bien ces deux heures-là se sont soldées par une trentaine de photos. Qu’il a ensuite fallu visionner et envoyer à la ronde, mettre sur Facebook, puis aller voir toutes les deux minutes les commentaires postés. Et voilà une journée évaporée. Une question de fonds se pose maintenant: faut-il introduire le chiot dans l’album familial?

Juste là, en fin d’été, la gestion des images devient un enjeu vertigineux. Tout comme mon fils et ses copains se sont sentis propriétaires canins le temps d’une officialisation photographique, les expériences de vacances ne deviennent réelles qu’une fois figées en images. A-t-on vraiment vécu ce coucher de soleil, si on ne l’a pas capturé dans son appareil? A-t-on assisté au concert de Thomas Dutronc à Paléo si on ne l’a pas filmé sur son téléphone? C’est ainsi que je me retrouve aujourd’hui avec 2'316 images racontant l’été 2012 et franchement, je ne vois pas très bien comment endiguer cette déferlante de souvenirs. D’ordinaire, je réalisais des livres vite fait à la louche, mais cette année, je suis noyée avant même d’avoir compilé les images en provenance des divers supports (ma maman: «Souriez! Je vous enverrai la photo par mail!»). Le cas de conscience typique : faut-il garder le portrait hilare de ma copine Denise en version naturelle? Ou plutôt celui où elle est recoloriée en vert marrant? Ou lui envoyer toute la série et la poubelliser chez moi?

Un ami cher qui a longtemps enseigné la photo dans une école d’art me disait qu’il consacrait de plus en plus d’heures à apprendre à ses étudiants comment trier. Je vois bien pourquoi. Et je suis preneuse de cours grand public.

En fait, il y a deux options : soit on raccourcit les vacances de moitié, pour prendre le temps de se les rappeler ensuite en images. Ou alors on jette les appareils dans le lac et on réapprend à vivre en direct. Personnellement,  j’essaie la seconde.

Les commentaires sont fermés.