22/06/2012 16:16 | Lien permanent | Commentaires (0)

Roule, ma poule

L’être humain est mal fichu. Surtout en cette période de transhumance estivale vers l’ailleurs et retour, il lui manque un accessoire fondamental dans son bagage génétique: la roulette. Un pied, c’est bien: pratique, joli, on peut même le chausser de sandales (quand il ne pleut pas) et vernir les ongles des orteils. Mais qu’est-ce que ça avance mal! La roulette, en revanche, glisse tout en souplesse. Alors l’humain contemporain, mal adapté aux couloirs d’aéroport et aux interminables quais de gare, se procure des succédanés: des valises à tirer pour charrier les romans de vacances, des poussettes pour véhiculer les enfants, des vélos pour aller plus vite, des sacs à roulettes qui se transforment en trottinettes, des chariots de supermarché pour ne pas s’arracher le bras avec un panier surchargé. Toute une population qui avance à tours de roue.

A chaque fois que je croise les cohortes de vacanciers et leurs armoires mobiles, je pense à Venise en été. Sur les pavés historiques, d’où la voiture est bannie, le cahotement de la bagagerie estivale est assourdissant. Vrombissement obsédant répercuté par les murs vénérables: c’est la version touristique des Hells Angels débarquant en ville, avec les valises qui se répondent sur le chemin du prochain embarcadère de Vaporetto, comme le feraient des Harley-Davidson sur la route 66. Qui a encore envie d’entendre un gondolier chanter?

Dans les aéroports, en revanche, l’affaire se veut de plus en plus technologique et silencieuse. Sols lustrés et roulettes multidirectionnelles bien huilées, la migration relève presque du patinage artistique. L’autre jour, un car entier de touristes japonais s’est déversé dans le hall de Cointrin et je n’ai pu que rester bouche bée, admirative devant leur ballet paisible. Il y avait même une jeune fille habillée d’une sorte de tutu rose sur collants verts, belle comme un manga, qui maniait son énorme malle métallique du bout de l’index. Elle remuait deux doigts comme si elle disait bonjour à son chien, et la valise, docile, cheminait à son flanc, tournant à sa guise. Non, elle ne tirait même pas la langue.

Je crois qu’il est temps que je m’équipe en nouveaux bagages. En attendant la nouvelle génération, qui sera forcément encore plus légère à transporter. Ce sera quoi? Une version montgolfière de la valise, peut-être? Je me réjouis déjà de tenir mes affaires au bout d’une ficelle, comme une gamine cramponnée à son ballon à hélium. Ce jour-là, je suis prête à franchir tous les couloirs d’aéroport en sautillant en cadence.

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