15/06/2012 16:15 | Lien permanent | Commentaires (0)

En écoutant les grenouilles

J’espère que juste là, au moment où vous finissez votre journal, vous étirez vos jambes nues au grand air et que vous ne voyez que de l’azur au-dessus des lunettes de soleil. C’est ainsi, du moins, que les prévisions météo annonçaient ce dimanche et, de ce milieu de semaine où j’écris, la perspective est enchanteresse. Telle que vous ne me voyez pas à cause du décalage temporaire, j’écris en chaussettes (!) et bottines (!!), ce qui constitue une double hérésie dans ma dévotion personnelle pour l’été. Derrière la fenêtre, les chutes du Niagara s’abattent sur le bitume et j’ai dû interrompre un entretien téléphonique, car mon interlocuteur n’entendait pas un mot à cause du martèlement aquatique sur son parapluie.

Outre l’expérience objectivement désagréable de ce juin qui se fiche de nous, je dois pourtant admettre que les caprices du ciel ont eu des retombées… disons intéressantes. Jamais, auparavant, je n’avais réalisé combien de grenouilles habitaient sous les pontons du lac. Vous les avez entendues? Il paraît que leur croassement annonce la pluie, alors autant dire qu’elles ont eu du boulot. Quels concerts sauvages, quelle énergie! Si on n’entend plus un son jusqu’en septembre, cela voudra dire que tous les batraciens sont aphones. Et puis, il y a eu ces éclaircies spectaculaires entre deux averses. Les nuages, soudain déchirés, laissaient passer cette lumière trop crue pour être réelle, comme un jeu de projecteurs, transformant les panoramas urbains en décors de cinéma. Des rayons descendaient des cieux, avec toute la dramaturgie d’une peinture religieuse. Merci, les Alpes de Savoie, pour l’apport majestueux en arrière-plan. Mercredi soir, j’ai ainsi croisé quatre chasseurs d’images, qui, appareil à l’œil, traquaient les arc-en-ciel superposés. Ils auraient pu aussi saisir le bonheur glorieux et gorgé d’eau des hortensias dans les parcs. Comme un émerveillement retrouvé.

Mais surtout, nos rapports sociaux sont en train de virer British. Comme en Angleterre, nous parlons soudain beaucoup pluviométrie, course des nuages, barbecues interrompus. J’éprouve de la tendresse pour ce vaste sujet joliment rassembleur, sur  lequel chacun brode son anecdote personnelle. Même les messages électroniques les plus professionnels introduisent de petites réflexions sur l’humidité ambiante, comme une manière de s’encourager dans l’adversité. Il y a une poésie mélancolique à notre observation commune du ciel, à l’espoir partagé de douceur. Le soleil va assécher ce sentimentalisme vite fait.

 

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