11/06/2012 14:14 | Lien permanent | Commentaires (0)

Un morceau de bœuf entre les dents

Ne pas se vexer. Ne pas en faire un plat. Rester stoïque dans l’adversité. Bon, voilà l’affaire: je crois que je suis un mec. Anatomiquement certainement pas, mais il semblerait qu’une pulsion au fond de mon cerveau reptilien l’affirme sans aucun doute possible. Comment le sais-je? Je viens de lire une étude américaine sur les comportements des consommateurs et les symptômes ne trompent pas: non seulement j’accepte de manger de la viande – une attitude qui n’a déjà rien d’efféminé à une saison où beaucoup de mes copines se nourrissent d’une demi-feuille de laitue assaisonnée à l’eau pure - mais en plus j’aime ça. C.Q.F.D. Je sens déjà les poils percer sur mon avant-bras droit, celui qui taille gaillardement la côte de bœuf à l’aide d’un couteau aiguisé. Vais-je en plus avouer qu’il m’arrive (en cachette, dans la cuisine) de ronger un os? Jamais. Même sous la torture, je ne dirai rien, sinon je passerai directement de la catégorie «mec» à celle de «néanderthalien» et cela risquerait de jurer avec mes talons aiguille.

L’étude donc: Elle est l’œuvre d’un psychologue nommé Paul Rozin, de l’Université de Pennsylvanie, et elle explore les associations d’idées liées à la nourriture dans la culture occidentale, sous le titre «La viande est-elle mâle?». Réponse: ouiiiiii! Surtout les parties musculaires des mammifères comestibles, comme les steaks, les gigots et entrecôtes. Saignants, s’il vous plaît. Du côté féminin, on valorise – surprise, surprise – le chocolat, les petites graines, les pêches, les herbettes. D’une manière générale, le vocabulaire carné est majoritairement masculin dans 23 langues (pas en français, tiens: viande, bidoche, barbaque, saucisse…), alors que l’univers végétarien relève de la sensibilité féminine.

Bon, à ce stade, je me gratte la barbe avec perplexité. D’un côté, mes lectures diététiques m’incitent à me convertir en fille alimentaire vite fait, si je tiens à mes artères. De l’autre côté, mon esprit de contradiction et mon instinct féministe m’incitent à demander un second service jarret braisé, et même un os à moelle, en entrée, pour faire bon poids (200 grammes sur chaque fesse), histoire de faire mentir les clichés.

Et puis, je passe, en ville, devant l’affiche publicitaire d’une grande boucherie nationale, celle où l’on voit un barbecue avec des burgers qui frétillent et ce slogan: «Les hommes, retournez au grill!» C’est de l’humour. Enfin, je crois… Ce côté «hé, les mâles, soyez pas des mauviettes, faites votre job viril si vous voulez qu’elles vous aiment – et accessoirement qu’elles restent aux fourneaux» est forcément du 42e degré. Mais les bras m’en tombent quand même: je ne cautionnerai pas cette ligne de démarcation là entre les sexes. On ne pourrait pas trouver un plat réconciliateur à savourer ensemble? Dorade en croûte de sel pour tout le monde!

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