01/06/2012 11:54 | Lien permanent | Commentaires (0)

Vue du nid

Le Clouds aouvert en début d'année à Zürich, et voilà le restaurant le plus haut de Suisse, perché au 35e étage (attention les oreilles dans l'ascenseur!) d'une tour scintillante de nouveauté. Je viens d'y manger et n'ai qu'un conseil: montez-y! Le menu est tout à fait agréable, avec son tartare de thon sur blini ou son bœuf Stroganoff sur pomme mousseline, mais l'intérêt est ailleurs. Dans la vue, évidemment! Comme à New York ou Hongkong, le dîneur surplombe la ville et observe, fourchette en main, les wagons qui serpentent, les voitures au feu, le jeu de Lego gris que sont les quartiers au loin, les échoppes sous les arcades du pont, les containers colorés convertis en boutiques. Pourquoi, nom d'un nain de jardin, se sent-on là-haut si peu en Suisse, alors que l'on contemple, comme au creux de sa main, la plus grande ville du pays?

Question de perspective sans aucun doute: chez nous, les villes ne se regardent pas de haut. Ce n'est pourtant pas que la Suisse manque de promontoires. Mais la plupart se déclinent en pics rocheux, en excroissances naturelles. Les points de vue d'altitude s'ouvrent sur des forêts épaisses, des lacs bucoliques, de verts pâturages semés, çà et là, de quelques ruminants autochtones. «too swiss to be true/trop suisse pour être vrai», disait ma copine américaine quand je l'emmenais contempler le Léman du haut des Rochers de Naye - il faut dire qu'il y avait ce jour-là des narcisses en saupoudrage neigeux sur les pentes, même moi je cherchais le producteur de cinéma qui avait installé ce décor.

L'identité suisse aime se projetter au cœur de cette verdure. Tout près, discrète, tapie dans le paysage. En matière de grandeur, les Alpes sont seules autorisées à s’emmitoufler de nuages – pas question que le bâti humain leur fasse concurrence! L’architecture nationale est ainsi constellée de fleurons au raz des gentianes: des chalets, des bunkers dissimulés, des maisonnettes qui «s’intègrent» comme diraient les dépliants des agences immobilières. Pays de renards (non, je n'ai pas dit «de blaireaux»!) qui se blottissent avec bonheur dans les tanières. Pas un peuple de cigognes, le genre à poser le nid tout en haut d'une cheminée pour dominer la situation.

Du coup, ce restaurant qui prend Zürich de haut me donne un joyeux tournis. Il était plein, la semaine dernière, de clients tout surpris d’être là, qui ployaient de longs cous pour regarder en bas, en gonflant leur plus beau plumage (c’est un restau chic...). La déco, elle, surligne malicieusement l’effet de nid: fauteuils et canapés blanc cassé et jaune – parés pour la couvade. Quel panache quand la Suisse se la joue à rebrousse plumes.

 

 

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