31/05/2012 11:54 | Lien permanent | Commentaires (0)

Raton stupide

C’est l’histoire d’un rat qui n’a rien demandé à personne et qui pourtant, un jour dans sa cage de laboratoire, se retrouve avec une écuelle d’eau sucrée, là où d’ordinaire il n’y avait que de l’H2O sans bulle. Avec ses copains sujets d’études, il se pourlèche les moustaches de l’aubaine et lape goulûment son sirop de maïs à haute teneur de fructose. Que se passe-t-il six semaines plus tard? Bingo, vous l’aurez deviné, les rats deviennent gros au point de devoir changer de taille de bikini. Normal? Certes, mais il y a pire: ils deviennent stupides en plus. Avant d’empiler les bourrelets, les rongeurs avaient appris à retrouver leur chemin dans un labyrinthe. Avec un brin d’entraînement, ils s’y repéraient fastoche grâce à un système de signes sur les murs, qui leur permettait de se souvenir des virages à prendre pour trottiner gaillardement vers la sortie. Malins et rapides, les ratons… Mais pas pour longtemps. Après le régime maxisucre, plus rien! Le trou de mémoire, le vide neuronal, le court-circuit dans la communication entre cellules grises. Les bestioles se traînent dans les allées balisées et se heurtent à tous les culs de sacs, sans rien reconnaître de ce qu’ils connaissaient par cœur peu avant. La débâcle! Une meute de crétins à quatre pattes! Conclusion du docteur Fernando Gomez-Pinilla, professeur d’une multitude de domaines savants à l’Université de Californie et Los Angeles: «Un régime surdoté en sucre nuit au cerveau comme au corps. Voilà qui est nouveau.»

On s’en fiche, des rats? Peut-être. Reste que le sirop de maïs entre dans la composition de nombreux aliments industriels, dont pas mal de crèmes dessert et de boissons – un ingrédient dont l’Américain moyen consomme plus de… 18 kilos par an. Soudain, l’environnement quotidien s’englue dans le cauchemar sirupeux: sur combien de canapés du salon se vautrent des ratons maison, une zappette dans une main, un soda dans l’autre? De ceux qui ne sont pas totalement expérimentaux (encore que…), qui portent leurs jeans sous les fesses et qui s’expriment via les borborygmes de l’adolescence? Autour du sofa comme un radeau, une mer chahutée de bouteilles PET vides et d’emballages de biscuits. Bon sang, mais c’est bien sûr! On parlait d’âge bête, mais c’est l’âge sucré! Voilà donc pourquoi tant de jeunes pubères peinent à retrouver le chemin de la poubelle et ne se souviennent jamais de rien d’autre que des éliminés de Koh Lanta: ils ont le cerveau en panne douce.

Le salut vient de la science, une fois de plus. Retour au labo: les rats voisins des abêtis, engraissés au maïs eux aussi, se sont mieux tiré des tests grâce à une alimentation enrichie en oméga 3. Dès demain, parents de collégiens amorphes, saumon et crevettes au menu à chaque repas. On croise les doigts: les séquelles sucrées sont-elles réversibles avant les oraux de maths, à la mi-juin?

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