18/05/2012 15:42 | Lien permanent | Commentaires (0)

Comme un chaton rose

Ils tombent bien, ces jours de congé. En plein printemps, en pleine accélération saisonnière au travail (pourquoi diable y a- t-il toujours tout à la fois en mai???) et surtout en pleine floraison des pivoines. Ces temps, je n’aspire qu’à un bonheur: me lover dans un fauteuil et regarder des pivoines s’ouvrir. Il faut s’y mettre pile maintenant, ce plaisir contemplatif ne dure guère.

Alors que les fleuristes regorgent de plantes fières et nobles, de ces nouvelles variétés sélectionnées pour être aussi brillantes que du plastique, les pivoines échappent à la discipline de la série. Chacune est différente, avec cette fougue du végétal rustique qui ne se laisse pas cultiver n’importe où, n’importe quand. La pivoine pousse en mai-juin et voilà! Celles de nos marchés viennent de Suisse ou tout au plus du Sud français, par exemple du pied du Vercors où les choie l’un des plus anciens producteurs spécialisés – la sixième génération des Rivière, s’il vous plaît. On est là dans l’artisanat horticole, le sur-mesure avec amour, la verdure avec une âme.

De fait, les pivoines sont les fleurs les plus vivantes que l’on puisse capturer en vase. Toujours en mouvement. D’abord grosse boule qui s’agite au bout d’une tige, le bouton est tonique comme une balle magique, on s’attend à le voir rebondir contre les murs. Mais, pour peu qu’il fasse assez tiède, l’éclosion surtout représente un moment rare: les pétales se secouent un par un, s’étirent vivement, on croirait voir la corolle se former comme dans un film en accéléré. Essayez: quittez le bouquet des yeux pour plonger dans votre livre et à la fin du chapitre, le pompon se sera enrichi de nouveaux pétales chiffonnés, on commencera à deviner les étamines en son centre. Quand la tête est bien ronde, on dirait un chaton rose ébouriffé, avec cette douceur tactile, joyeuse, qui appelle la caresse. Avec un rien d’imagination, on l’entendrait ronronner. Et que dire de la fin? La pivoine assume sa mort avec panache: elle sème ses pétales comme autant de chagrins inutiles. Il faut les laisser sur le sol, le temps que la belle se soit entièrement dévêtue et que votre intérieur soit tapissé de ses offrandes délicates.

Pendant que le bouquet vit son éphémère vie botanique, on voit, comme en transparence, en superposition, les peintures chinoises anciennes à l’encre sur soie, qui rendent hommage à la plus décorative des beautés décoiffées. On pense aussi à la mythique et ancienne variété, la «Duchesse de Nemours», créée en 1856, avec ses reflets jaune-vert. La princesse neuchâteloise faisait-elle planter des buissons parfumés dans les jardins du château de Valangin? Décidément, pour la rêverie du week-end prolongé prochain, laissons tomber le billet d’avion dernière minute. Un  immense bouquet de pivoines et c’est tout.

PS. dimanche 20, c'est journée de la pivoine à la pépinière du Bioley, à Poliez-Pittet... et il paraît que s'il ne fait pas trop froid d'ici là et que les fleurs daignent s'ouvrir, il y a une nouvelle variété Becky Bell, en teinte chocolat.voilà qui fera un chaton hautement réaliste.

 

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