11/05/2012 15:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le vertige de l’otarie après les présidentielles

Sur son estrade à Tulle, dimanche dernier, François Hollande, nouveau président français, s’essayait aux grandes phrases ronflantes sur l’avenir déjà en marche. Mains levées en un geste rassembleur, voix descendue de deux octaves pour le sérieux de l’occasion, regard rivé sur la foule comme si elle n’était qu’un seul homme: pfff, sacré boulot que le langage non verbal qui sied à une figure historique. Pour être honnête, j’ai eu du mal à me concentrer. Le propos me paraissait creux, la gestuelle encore malhabile. Ça va venir: comme tous les jobs, celui de président s’apprend. Mais surtout, j’avais de la peine à me sortir de la tête l’image d’une otarie – et donc de la peine à arrêter de sourire bêtement devant mon écran de télévision, à chaque fois que les moustaches (pourtant rasées) de Hollande frétillaient de satisfaction.

L’otarie? A en croire Michel Odoul, le mammifère marin serait l’animal parent du nouveau président, son double symbolique en quelque sorte. Dans un livre paru en automne dernier, le spécialiste français des approches psycho-énergétiques, auteur d’une myriade de textes grand public sur notre rapport au corps, porte un regard malicieux sur les liens sociaux et comportementaux qui unissent l’humain et l’animal, comme des survivances entre les règnes. L’ouvrage s’appelle «L’animal en nous» (Albin Michel) et propose ainsi quelques duos édifiants. Et c’est là que Hollande se retrouve adoubé en otarie. Remarquez, le choix à la présidence était difficile: Sarkozi, lui, serait le babouin gueulard, un caïd toujours en alerte qui défend son coin de savane à coup de bravades et cherche à impressionner les babouines.

Pour en revenir à l’otarie qui désormais gouverne la France, il faut souligner qu’il y a du potentiel: l’animal est incroyablement polyvalent, apte à s’adapter à toutes les situations. Et il ne faut pas se fier à sa bouille débonnaire: l’otarie sait se montrer agile et pugnace. Particulièrement en mai-juin (ça tombe bien), période où les mâles s’installent sur une plage et défendent leur territoire, quitte à jeûner et perdre du poids, ce qui les rend encore plus combatifs. Gare aux requins qui s’aventurent dans leur zone de chasse. Par ailleurs, l’otarie est très forte pour digérer strictement n’importe quoi, y compris des galets quand ça lui prend. On espère que ça marche aussi pour les couleuvres.

Mais le moment de grâce dans la vie d’une otarie, là où elle rassemble le peuple autour d’elle, c’est quand elle exprime son contentement. Dressée sur ses pattes arrière, elle ondule alors du haut du corps, roule les yeux et s’applaudit des deux nageoires antérieures – parfois avec un ballon sur son nez. Mais pour un tel spectacle, il va falloir attendre les premiers succès politiques. On croise les doigts.

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