04/05/2012 15:04 | Lien permanent | Commentaires (0)

Prise dans le filet

Longtemps, j’ai laissé mon smartphone jouer les rapporteurs et annoncer à mes interlocuteurs que je n’étais pas au bureau. La petite phrase préprogrammée «envoyé de mon iPhone» au bas de mes messages électroniques m’arrangeait plutôt: à mon sens, elle ne pouvait certes excuser, mais du moins expliquait-elle le nombre de coquilles qui persistaient dans mes écrits. Outre les lettres inversées, il y a toutes ces sottises qui s’incrustent quand on effleure trop vite le clavier, le «visé» à la place de «bise», le «good» qui devient «hop» ou le «mot» qui vire au «mite» par la grâce conjuguée d’un correcteur orthographique très interventionniste et de doigts malhabiles. Bref, que mon appareil de communication annonce clairement que j’étais en route, en train de pianoter fébrilement sur un coin de trottoir en attendant que le feu passe au vert, m’apparaissait comme une information somme toute pertinente.

J’avais tout faux évidemment! Pour des raisons de politique économique d’abord. Des amis ont commencé à m’écrire pour demander si vraiment je voulais jouer les panneaux publicitaires pour une marque de gadgets électroniques dont l’emblème est une pomme. On me faisait remarquer que ladite pomme était à moitié mangée, ce qui laissait présager de l’état de trognon dans lequel j’allais me retrouver si je confiais ma vie digitale à un seul prestataire. Et si vraiment j’étais pomme – justement! - au point de me laisser attirer par la technologie fastoche, j’étais au moins priée de le taire pudiquement. Un geek de ma connaissance a même proposé de rappliquer presto pour changer la phrase au bas de mes messages (hé, je sais tout de même modifier la fonction signature, tssss!). Bref: pour toute une frange de mes correspondants virtuels, j’étais une cause perdue, aveuglée par la machinerie américaine, prise dans les filets du grand capital. Pour l’image de la fille aventureuse et ouverte d’esprit on repassera… Pauvre papillon captif, va!

J’ai donc enlevé la phrase traîtresse. Et réalisé que j’affranchissais aussi mon image professionnelle: personne n’a besoin de savoir qu’il me faut un parc informatique entier – ordinateur fixe, portable, téléphone, tablette et j’en passe – pour tenir mes dossiers à jours. Sans la transparence de l’outil, on peut plus facilement la jouer distante et insoumise, le genre «ne croyez tout de même pas que je suis esclave au point de poser  mon bureau sur la table de nuit…» Et ding donc, petit message, j’essaie d’apprendre à ne pas toujours t’entendre.

A ce stage de cure de désaccoutumance, je viens de recevoir le message d’une amie, avec une autre phrase automatiquement programmée au-dessous de son nom: «Ceci a été écrit sous dépendance de mon iPhone» y figure-il en gras. J’ai décidé que c’était de l’autodérision. Chacun se soigne comme il peut.

 

 

 

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