28/04/2012 12:23 | Lien permanent | Commentaires (1)

L'appel sauvage

Le concert des soixante ans de Pascal Auberson, il y a une semaine, à Montreux. Arrêt sur l'image du grand fauve. Il a boucané, tanné, forcément, en 40 ans sur scène, avec cette gueule jadis d'ange, aujourd'hui parcheminée et assortie à ses frisottis blancs qui s'échappent du catogan. Mais il n’est pas moins beau - seulement plus puissant. Ce qui n'a pas changé au cours de sa carrière - outre l'incroyable musicalité, mais ça, on le savait - c'est son sens du sauvage. Il faut le voir bouger, souplesse et muscles, comme un prédateur dans les herbes hautes, à l'affût de la moindre vibration de l'air, percevant, plus que n'entendant, chaque note esquissée. Il faut l'entendre gronder, de cette voix si profondément jaillie du ventre qu'elle en devient à peine humaine. Nous autres, dans nos fauteuils numérotés, nous sentions raides et maladroits, engoncés dans nos jeans bien boutonnés et vitrifiés sous le vernis de civilisation. Qui ose - qui sait? - lâcher ainsi l'animal au fond de soi?

Rien que les pieds, tenez! Alors que la plupart des hommes hésitent à sortir en sandales, tant ils se sentent vulnérables, Auberson continue à battre la scène de ses plantes nues. Comme une percussion ancestrale, comme un instinct de vie, comme un appel de liberté. Ses orteils tordus, arc-boutés, sur la pédale du piano, il nous renvoie à notre imagerie de bourgeois droits dans nos bottes. Zut, on venait le voir dans la force de l'âge et c'est nous qui avons vieilli à sa place.

A la fin du concert, démonstration de chef de meute: il fait monter son fils de 17 ans sur la scène pour un duo de transmission initiatique. Et là, on est dans le Roi Lion, sur le rocher saillant qui surplombe la savane: Mufasa intronise son lionceau, le poussant de sa patte ferme mais infiniment tendre vers l'aventure rituelle, les épreuves devant lesquelles le fils du roi n'a pas le droit de reculer. «Circle of life», disait le dessin animé de Disney. Dans le rôle de Simba, Louis Decker Auberson ne s’est pas dérobé. Il a tenu  sa place dans la tribu et poussé sa voix, à la fois affronté et soutenu par le rugissement paternel, sous les acclamations du peuple.

Commentaires

Probablement un des charmes de la création et de la nature réside dans la manière de surgir là ou on se l' attend pas et pas dans la manière qu' on s' attend.

Vous me faite bien imaginé l' ambiance avec les mots: appel sauvage, animal,lion, rugissement.
C' était un Safari ? Ou tout simplement l' expression libre et claire donc pas banale d' un Homme qui marche à "pieds nus" sans sandales depuis des années ?

Bien cordialement

Écrit par : Giacomo | 28/04/2012

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